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« Je ne veux désormais collectionner que les moments de bonheur »
Article mis en ligne le 20 mai 2019

par Père Stéphane, sj

Comment, comment, comment… La litanie des défis à relever pour « sauvegarder notre maison commune » (Laudato si’ [L.S.], n° 13) s’allonge sans cesse au point de nous faire tourner la tête. Est-il possible, en effet, de garder les yeux ouverts sur notre environnement social, politique et économique sans avoir le tournis ? Après six mois de mouvement des Gilets jaunes, de véritables changements se produisent-ils ? Et notre île n’est pas coupée du reste du monde. À l’échelle planétaire, le regard bute sur le flux des migrants, et l’assaut des vents, des pluies et des mers qui mettent de plus en plus en péril de nombreuses populations. Images de chaos ou de création ? Peut-il sortir quelque chose de bon de tous ces événements qui agitent aujourd’hui notre monde ? Pour répondre, osons ne pas détourner notre regard.

Le journal La Croix, du 2 mai, expose l’image d’une femme aux vêtements détrempés, sa main posée sur celle qu’un homme lui tend, leurs regards croisés, l’homme l’encourageant à avancer malgré l’eau presqu’à hauteur de la ceinture, dans une rue inondée de la ville de Pemba, au Mozambique, après le passage du cyclone Kenneth, le 28 avril. Et sous la photo, cette résolution : « Je ne veux désormais collectionner que les moments de bonheur ». Ce lien immatériel de deux regards fait tenir debout. Se diffusent d’un visage à l’autre la sérénité et la confiance que l’environnement ne donne plus. Demain sera un autre jour, construit avec l’énergie des solidarités humaines, la force de l’amour, tout simplement.

Quand toutes les alarmes retentissent, reculer n’est plus possible, et rester immobiles serait se condamner à mort. Avancer, avancer encore, s’impose comme condition essentielle de la survie. Oui, mais avancer vers l’inconnu, la peur au ventre, en toute insécurité ? Ou en engageant notre liberté et notre responsabilité personnelles et collectives : ce que l’humanité a toujours fait en pareille situation. Elle a innové, inventé, créé : trois verbes d’action pour sortir du déjà vu, déjà fait, déjà connu. A nous donc de décider de ne pas nous laisser submerger par nos peurs et nos angoisses.

Mais que d’hésitations et de remises à demain depuis tant d’années déjà ! Avons-nous oublié la terrible image du petit Aylan Kurdi ? Son corps sans vie déposé par la mer sur une plage de Turquie, le visage à moitié enfoui dans le sable. Ses parents espéraient un avenir meilleur pour leurs enfants, loin de la guerre en Syrie, au prix d’une traversée périlleuse. Seul le père a survécu. C’était en septembre 2015, bientôt quatre ans. La même année, était publiée la lettre encyclique du Pape François, Laudato si’, « sur la sauvegarde de la maison commune ». La date n’avait pas été choisie au hasard : le 24 mai, solennité de la Pentecôte. Une manière de nous dire l’urgence de la voir se répandre sur le monde entier, à la mesure de « l’augmentation du nombre de migrants fuyant la misère, accrue par la dégradation environnementale » [L.S. n°25], qualifiée de « tragique » par le Pape qui dénonce « le manque de réactions face à ces drames de nos frères et sœurs » [idem]. Et d’ajouter qu’il « est un signe de la perte de ce sens de responsabilité à l’égard de nos semblables, sur lequel se fonde toute société civile » [idem].

Attendre encore, se replier sur soi, se sécuriser en fermant les yeux, ne feraient que rendre encore plus inéluctables les catastrophes. Alors que « s’obliger à considérer la réalité de manière plus ample » [L.S. n°141] accélère notre prise de conscience qu’aujourd’hui « l’analyse des problèmes environnementaux est inséparable de l’analyse des contextes humains, familiaux, de travail, urbains, et de la relation de chaque personne avec elle-même qui génère une façon déter — minée d’entrer en rapport avec les autres et avec l’environnement » [idem]. Ce « tout est lié » de Laudato si’ est porté par bien d’autres voix de personnes qui se battent pour promouvoir un nouveau faire société. Citons l’un des derniers appels publics lancé le 5 mars dernier par 19 organisations — associations, syndicats, mutuelles — au siège de la CFDT, à Paris, « pour donner à chacun le pouvoir de vivre ». Ou encore Les Colibris, ce mouvement citoyen fédérateur de personnes qui inventent, expérimentent et coopèrent concrètement, pour bâtir des modèles de vie en commun, respectueux de la nature et de l’être humain. Concrètement, nous, à quoi nous intéres — sons-nous ? Avec qui et comment voulons-nous agir ? « Il y a tant de choses que l’on peut faire ! » [L.S. n°180]

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Un p’tit mot, trois p’tits pas n°99 - mai 2019