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Pour un journalisme mobilisateur

par Père Stéphane Nicaise sj (19/03/2013)

Jeudi 14 mars 2013, lendemain de l’élection du Pape François, le sujet est d’actualité dans tous les médias. Sur un plateau de télévision, l’Evêque est invité à parler de cette nouvelle figure de la papauté. Jusque là, on est dans le sujet, et du Pape François, on retient le caractère lumineux d’un homme libre et proche des pauvres. Trop beau ? Trop irréel dans notre monde en crise ? Le journaliste entreprend alors, dans les trente dernières secondes de l’interview, de nous replonger dans l’eau trouble du caniveau : « Monseigneur, que saviez-vous de cet ancien séminariste de votre diocèse mis en cause dans une affaire qui vient d’être jugée par le tribunal de grande instance de Lyon ? »

De la lumière d’une vie donnée à la promotion du pauvre, au nom de la justice de l’Évangile, on bascule brutalement dans les recoins obscurs et ténébreux de l’être humain, comme pour dire : « Réunionnais, surtout, ne crois-pas à l’élévation de ton âme, capable de te faire participer à la construction d’un monde plus juste et plus solidaire ! Renonce à toute illusion de mieux-être personnel et collectif ! laisse-toi gaver des crottes ramassées pour toi dans les caniveaux de nos vies… »

À force d’être soumis à ce régime, un peuple ne perd-il pas sa force de mobilisation pour se propulser en avant, imaginer des lendemains meilleurs, et s’armer pour les réaliser ? Or, le journalisme, parce qu’il sélectionne de fait les événements dont il parle, parmi des dizaines d’autres qui resteront inconnus, imprime un sens à son discours. Ne pouvons-nous pas attendre de lui une aspiration vers le haut ? Les bas-fonds de la société ne nous sont que trop familiers. Par contre, notre désir de changement est fragile. Trop de prophètes de malheur désamorcent notre énergie vitale. Pourquoi s’y résoudre ? Pourquoi les médias n’engageraient-ils pas un débat sur le journalisme, à considérer hautement comme un moteur de notre action ?

Père Stéphane, sj


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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