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Elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre

L’évangile du 32ème dimanche ordinaire, année B, l’homélie du père Christophe Kerhardy, la prière universelle du dimanche 11 novembre 2012.

par Père Christophe Kerhardy sj (12/11/2012)

L’évangile

Dans son enseignement, Jésus disait : «  Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d’autant plus sévèrement condamnés. »

Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l’argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes.

Une pauvre veuve s’avança et déposa deux piécettes.

Jésus s’adressa à ses disciples : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

(Évangile de Jésus Christ selon saint Marc, 12, 38-44)

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L’homélie

Jésus fustige avec fermeté les autorités du Temple qui soutirent l’argent des veuves au lieu de les protéger comme il se doit selon la Loi. Quand ils mangent, quand ils se pavanent en grandes pompes, c’est les pauvres qu’ils mangent. Les veuves, en perdant leur mari, perdaient tous leurs moyens de subsistance. Au lieu d’organiser leur prise en charge, les légistes les avaient déclarées inaptes à l’héritage, du coup, les veuves se trouvaient sans ressources et contraintes à vivre d’aumône. Elles étaient pour leur temps, l’équivalent des femmes d’aujourd’hui qui vivent sous le seuil de pauvreté.

Jésus attire l’attention de ses disciples sur l’une d’elles qui est venue déposer deux maigres piécettes dans les troncs du trésor. Le montant de l’obole n’est pas élevé mais au regard de sa pauvreté, l’effort est considérable, généreux et sans hypocrisie. Il est faux de dire que celui qui n’a rien, n’est rien, pour Jésus, cette femme qui n’a pas grands moyens possède cependant une grande richesse spirituelle. Habitée par un esprit de sacrifice, loin de la course aux biens et aux apparences, le don qu’elle tire de son indigence dépasse de loin les dons substantiels que d’autres tirent de leur superflu. En plus, pour deux piécettes qui tombent dans le tronc sans faire trop de bruit, on ne va pas faire sonner de la trompette dans le Temple comme cela se faisait pour honorer les gros donateurs. La discrétion entoure ici le sens du sacrifice dont Jésus fait l’éloge.

Lorsque Marc écrit cet évangile, l’Église s’organise et il est bon de rappeler à ses responsables qu’ils n’ont pas à tirer profit de leur situation d’autorité. La veuve de l’Évangile, aussi discrète que généreuse, sera leur modèle. « Elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. » La leçon est claire : comme elle, « pour vivre », nous devrons cultiver l’esprit de don et de sacrifice. Et ce faisant, nous nous retrouverons en Jésus. Que lui arrivera-t-il également à lui ? N’est-ce pas dans le dépouillement le plus vertigineux, dans le sacrifice on ne peut plus radical que Jésus a sauvé ses frères et reçu en retour le don le plus précieux : la Vie éternelle.

Avec cette veuve, on pourrait s’arrêter à un bon éloge de la générosité, vanter la privation qu’elle s’impose, trouver beaucoup de foi dans le geste qu’elle fait. Mais on peut aller un peu plus loin et déclarer qu’elle est le symbole d’un Christ au féminin. Pour elle, comme pour Jésus, le sacrifice de soi ouvre un accès à une vie qui dépasse celle d’ici. Pour elle, pour Jésus et pour nous, la vie véritable est un don de Dieu et « pour en vivre », il faut se donner soi-même.

C’est aujourd’hui le 11 novembre, le jour de l’Armistice, le jour où un soleil de paix s’est levé sur des nations embourbées dans les tranchées de la guerre. C’est le jour où est bon de revenir aux fondamentaux de notre République : liberté, égalité, fraternité.

Liberté. En ce jour de mémoire, nous rendons hommage aux sacrifices des anciens, et nous pouvons saluer les progrès réalisés pour le respect des libertés personnelles et publiques. Les poilus de 14 sont morts pour notre pays et pour notre liberté, c’est pourquoi nous leur exprimons notre gratitude. Nous célébrons l’Armistice mais nous avons conscience que d’autres conflits ne sont pas réglés. Pendant que certains défendent une liberté égoïste pour laquelle tout est permis, d’autres sont privés de paix, privés de travail, privés du minimum vital, privés de liberté d’opinion, privés de vie, privés du droit de croire. Que l’Esprit de Dieu, l’esprit de liberté, nous aide à agir en faveur des libérations urgentes plutôt que de défendre des droits superflus.

Égalité. Là encore, les progrès sont indéniables, avec plus d’égalité entre les femmes et les hommes, plus d’égalité des chances, plus d’égalité pour accéder à l’éducation, plus d’égalité pour se soigner. Les poilus de 14 ont éprouvé dans les tranchées l’égalité devant le danger, devant les blessures et la mort. Jésus aussi s’offrit en sacrifice afin que nous recevions la vraie vie à part égale. En son nom, que l’Esprit nous aide à lutter contre les inégalités qui demeurent.

Et la fraternité ? Il me semble qu’il s’agit du maillon faible de notre époque. La fraternité fiscale est réelle et énorme, mais on sent comme une tendance au chacun pour soi, chacun sa vie, chacun ses problèmes, chacun son pays, chacun ses idées. Nous chrétiens, nous ne pouvons pas nous satisfaire de cette mode individualiste qui dissout peu à peu le lien fraternel. Pour nous, la fraternité inscrite sur les frontons des édifices publics est surtout au cœur de l’évangile. Sans fraternité, dites-moi, comment pourrons-nous continuer à appeler Dieu : « Notre Père » ? Alors, que l’Esprit Saint nous inspire les gestes fraternels, même si cela doit nous coûter un peu plus que notre superflu. La qualité de la vie fraternelle dépend des sacrifices que nous sommes prêts à faire les uns pour les autres.

Dieu notre Père, Jésus notre frère, Esprit d’amour, faites de nous des hommes et des femmes libres, égaux et fraternels. « Pour vivre » ces valeurs, apprenez-nous à nous donner nous-mêmes.

Illustration : crabouillages.fr

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La prière universelle

Seigneur, en ce 11 novembre nous te prions pour les soldats morts au combat et pour les victimes de toutes les guerres. Nous te confions tout particulièrement les pays du Moyen Orient, inspire à ces peuples et à leurs dirigeants un vrai désir de paix. Seigneur, écoute-nous.

[marine]Pour les hommes et pour les femmes, pour les enfants de la terre, ton Église qui t’acclame, viens te confier sa prière[/marine]

Seigneur, à l’image de la veuve de l’évangile qui donne sans compter, aide-nous à construire un ordre économique social et culturel fondé sur une meilleure répartition des richesses, des savoirs et des droits fondamentaux. Seigneur, exauce-nous.

[marine]Pour les hommes et pour les femmes, pour les enfants de la terre, ton Église qui t’acclame, viens te confier sa prière[/marine]

Seigneur, que l’Esprit de charité s’éveille dans nos cœurs et nous fasse poser des actes concrets contre les pauvretés de toutes sortes. Que les organismes qui œuvrent en faveur des défavorisés trouvent les ressources humaines et financières pour mener à bien leur mission. Seigneur, nous te prions.

[marine]Pour les hommes et pour les femmes, pour les enfants de la terre, ton Église qui t’acclame, viens te confier sa prière[/marine]

Seigneur, la période de crise que nous vivons nous laisse inquiets devant l’avenir, qu’elle soit l’occasion favorable de redonner du sens aux valeurs de fraternité et de bien commun. Seigneur, nous te prions.

[marine]Pour les hommes et pour les femmes, pour les enfants de la terre, ton Église qui t’acclame, viens te confier sa prière[/marine]


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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