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Les sept jours

Dimanche 4 novembre 2012, de 17h30 à 19h30, dans la salle Jean de Puybaudet, diffusion du film de Ronit et Shlomi Elkabetz, « Les sept jours », suivi d’un échange animé par le père Bernard Paulet.

par Père Bernard Paulet sj (2/11/2012)

Film de Ronit et Shlomi Elkabetz, Israélien, 2009, avec Simon Abkarian, Yael Abecassis, Hanna Laszlo.

Israël, 1991. Toute la famille Ohaion pleure la disparition de l’un des siens. Fidèles à la tradition, les proches sont censés se réunir dans la maison du défunt et s’y recueillir pendant sept jours. Alors que chacun semble se plier à la coutume, la cohabitation devient de plus en plus pesante. Contraints de se supporter jour et nuit, frères et sœurs ne tardent pas à laisser l’amertume et les disputes prendre le pas sur le recueillement. L’atmosphère devient bientôt irrespirable et les vérités enfouies depuis longtemps remontent enfin à la surface...

Au départ, on ne sait pas trop qui est qui. On entend des noms - Meir, Ruthy, Jacques, Itamar - sans savoir s’ils sont frères et sœurs, maris et femmes, amis ou ennemis. Sur la tombe du tout frais décédé, les pleureuses pleurent et les hurleurs hurlent. Comme s’il s’agissait de persuader les autres - et peut-être soi-même - de la réalité de la douleur.

Soudain, une alerte retentit : l’Israël de 1991 est en guerre avec le tyran Saddam. Des masques à gaz apparaissent alors sur les visages des endeuillés, qui ressemblent soudain à de gros insectes difformes, presque grotesques, qui continuent à s’étreindre et à se lamenter.

Ronit et Shlomi Elkabetz
Ronit et Shlomi Elkabetz

Percer les masques, c’est précisément ce que vont tenter et réussir Ronit et Shlomi Elkabetz, la sœur et le frère réalisateurs, en filmant ce huis clos sur une famille amenée, par tradition religieuse, à cohabiter une semaine entière - et c’est long, une semaine ! - dans la maison du mort pour se recueillir et lui rendre hommage. Car on ne rigole pas, durant les sept jours : pas de télé, pas de radio. Honte et opprobre sur celle qui, par distraction ou par ignorance, a cuisiné un plat avec viande. Interdiction aux femmes de porter le moindre bijou, la plus petite trace de maquillage. Seul mot d’ordre : rester ensemble jour et nuit pour permettre au mort, ici le frère aîné, de s’élever tranquillement au Ciel pour y trouver le repos éternel.

Alors, ça monte, ça monte entre tous les personnages, comme le lait sur le feu. Et, quand la tension déborde, les Elkabetz filment, avec autant de violence que de pudeur, un long moment dévastateur, où se déversent rancœurs et chagrins, déceptions et douleurs. La haine est là, certes, mais toute proche de l’amour, en fait. On est moins dans l’abomination que dans la désolation. Les deux cinéastes ne condamnent personne, mais semblent aboutir au constat de Gorki devant les personnages de Tchekhov : « Messieurs, vous vivez mal ! »… Trop de rituels et pas assez de foi. Trop d’ego et pas assez de soi. Seul leur intérêt semble, désormais, intéresser ces êtres comme privés d’âme. Et la force du film, c’est, précisément, d’essayer de la leur rendre.

En ce temps où les chrétiens honorent les morts, voilà un film choral exceptionnel, tragique et drôle à la fois, qui nous rassemble dans un passionnant manège de sentiments.

(Photos : © Les Films du Losange)


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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