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La vie ne fait pas de bruit !

La terre desséchée tressaille de joie ! Une source jaillit, transparence nouvelle, où notre humanité retrouve son visage… Depuis des générations, les chrétiens chantent ces paroles pour célébrer la naissance de la Vierge Marie. « Terre », « source », « humanité », « visage », des mots simples qui, en dehors de toute référence religieuse, signifient une attente et une espérance communes aux peuples et à chacun d’entre nous. Alors pourquoi autant de personnes sont-elles assombries par des prophéties de malheur au lieu de « tressaillir » à l’expérience de « retrouver » ce qui « jaillit » en elles-mêmes ? (suite)

par Père Stéphane Nicaise sj (2/11/2012)

La terre desséchée tressaille de joie ! Une source jaillit, transparence nouvelle, où notre humanité retrouve son visage… Depuis des générations, les chrétiens chantent ces paroles pour célébrer la naissance de la Vierge Marie. « Terre », « source », « humanité », « visage », des mots simples qui, en dehors de toute référence religieuse, signifient une attente et une espérance communes aux peuples et à chacun d’entre nous. Alors pourquoi autant de personnes sont-elles assombries par des prophéties de malheur au lieu de « tressaillir » à l’expérience de « retrouver » ce qui « jaillit » en elles-mêmes ? Tous les mythes de fin du monde n’expriment-ils pas en fait notre désir d’être régénéré, de retrouver l’état supposé d’origine pour se donner une nouvelle chance ?

Le mythe biblique du Déluge (Genèse 6-9) tient un autre langage. Il affirme que Dieu s’interdit de tout détruire pour tout recommencer. La condition humaine y est comme sacralisée car c’est en elle, et nulle part ailleurs, que l’humanité nouvelle est en germe. Le chemin proposé est celui de la contemplation du monde. Ignace de Loyola l’encourage dans ses Exercices spirituels, invitant à « voir l’immensité et la sphère du monde, où vivent des peuples si nombreux et si divers ». Et plus le regard s’exerce, plus il distingue les particularités : « Voir les personnages les uns après les autres. Premièrement, ceux qui sont sur la face de la terre, dans toutes leur variété de costumes et d’attitudes : les uns blancs, les autres noirs ; les uns en paix, les autres en guerre ; les uns dans les larmes, les autres dans les rires ; les uns bien portants, les autres malades ; les uns qui naissent, les autres qui meurent, etc. » (Contemplation de l’Incarnation, Exercices Spirituels, n° 102).

Rédigé au XVIème siècle, ce texte ne vieillit pas parce qu’il décrit la condition permanente de l’humanité. Les structures sociales changent, ainsi que les régimes politiques et les systèmes économiques. Les hommes conservent leurs caractéristiques fondamentales et ils demeurent habités par les mêmes états et les mêmes sentiments. En reprendre conscience à travers la contemplation du monde amène un autre constat : le cœur de l’homme est divisé, il recherche le bien et fait le mal, il ne sait pas correspondre à ses vrais désirs.

L’interrogation spirituelle ne porte donc pas sur la couleur de la peau, sur l’état de santé, le niveau des revenus, l’orientation sexuelle de chaque personne - pour ajouter à la liste d’Ignace des traits de notre modernité -, et toutes autres déterminations de notre existence individuelle et collective. Le questionnement spirituel a son intérêt ailleurs, dans la réalité humaine et sociale au service de laquelle chacun d’entre nous décide d’engager toutes les composantes de son identité. Le devenir de l’homme, et de l’homme en société est le sujet essentiel qui nous concerne tous, qui que nous soyons. Concourir au devenir harmonieux de l’humanité n’est alors réservé à personne, pas plus aux croyants qu’aux non croyants, aux laïcs qu’aux religieux. Dès l’instant où nous voulons bien nous reconnaître traversés par la même préoccupation du devenir du monde, rien ne nous empêche de partager la même obstination de voir germer une terre d’hommes et de femmes décidés à aller plus loin ensemble, armés des valeurs communes de respect, de justice et de solidarité.

(Illustrations : Photos Libres)

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Un p’tit mot, trois p’tits pas, n°65, octobre 2012

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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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