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La bioéthique, ça nous regarde !

par Père Stéphane, sj (28/03/2018)

Il ne suffit pas que quelque chose soit possible pour que cette chose soit bonne pour nous. Les avancées scientifiques et techniques, quelles qu’elles soient, n’ont pas à prendre le dessus sur notre liberté à décider de ce qui accorde notre manière de vivre aux valeurs que nous donnons à la vie humaine. La bioéthique nous renvoie à cet exercice de discernement. Elle nous fait réfléchir à partir des connaissances les plus récentes sur notre corps, et destinées d’abord à améliorer notre santé. Sauf que la recherche en biologie, en médecine et en génétique rend aujourd’hui possibles des interventions sur le corps humain non seulement pour le soigner et le guérir, mais aussi pour le transformer, en modifier ses caractéristiques, lui donner des capacités qu’il n’a pas naturellement.

Quel est cet homme que la science et la technique ont la prétention de fabriquer ? Respecte-t-il encore ce qui fait la valeur de notre existence ? « L’homme n’est-il pas en train de s’affranchir de ce qui fait sa biologie pour finalement se forger une identité strictement culturelle, éducative ? » (Jean-François Mattei) L’éthique est la réflexion morale sur toutes ces questions. Elle apporte à notre conscience l’éclairage nécessaire pour discerner, c’est-à-dire choisir, ce qui est bon pour notre vie personnelle et collective. Car nous nous définissons d’abord comme des personnes en relation permanente les unes avec les autres. Notre humanité s’exprime surtout par toutes ces relations qui tissent notre existence, que nous soyons malade ou en bonne santé, avec un physique de top modèle ou porteur de handicaps, que nous puissions avoir des enfants ou non, que notre conscience soit pleine et entière jusqu’à notre mort ou que nous soyons guettés par Alzheimer, etc.

Dans tous ces états, sans distinction, nous sommes l’humanité créée par Dieu, habitée par son Esprit, conduite par son Amour vers notre accomplissement en Lui. Toute la tradition biblique nous présente ainsi le modèle à suivre, celui du « pauvre de Yahvé », de l’homme vulnérable et fragile qui, tourné vers son Créateur et Sauveur, se dispose à tout recevoir de lui, en traversant dans la confiance et l’espérance les épreuves que toute vie humaine connaît. Ce regard du croyant sur l’existence humaine croise d’autres regards sur l’homme, bien différents du sien. Comme aucun de ces regards ne peut prétendre détenir la vérité, il nous faut dialoguer et débattre pour pouvoir vivre ensemble avec des règles communes. Il existe ainsi des lois de bioéthique pour orienter les choix de santé publique à partir des valeurs acceptées par tous. D’où l’organisation actuelle des Etats généraux de la bioéthique pour recueillir tous les points de vue et rechercher le fondement des décisions à prendre et auxquelles nous aurons tous à nous conformer.

Cette étape du débat est donc le ciment de notre citoyenneté qui renforce la représentation nationale incarnée par les députés et les sénateurs appelés à voter les lois. C’est dans cet esprit de participation de l’ensemble de la société civile, que le Conseil consultatif national d’éthique (CCNE) a lancé en janvier ces états généraux, destinés à aider le grand public à se saisir de ces questions. Ils prennent la forme de débats, organisés dans toute la France, qui doivent permettre au gouvernement de prendre le pouls de la société sur des sujets ultrasensibles, avant de présenter à l’automne (métropole !) le projet de révision des lois de bioéthique. Les débats sont relayés et organisés à La Réunion par l’Espace Éthique Régional Océan Indien (voir le calendrier). Allons-y nombreux !

« Si la révision des lois de bioéthique, tous les sept ans, est précédée d’un grand débat, c’est que tout le monde sent que l’on touche à la question de l’homme, et qu’il nous faut allier une réflexion à la fois philosophique et éthique. Je me réjouis de voir que de plus en plus de nos contemporains se demandent quelle planète nous souhaitons laisser à nos enfants. Mais nous devons aussi nous interroger sur les enfants que nous voulons laisser à notre planète ! On ne peut pas traiter l’homme sans son environnement, et réciproquement, et donc traiter les questions de bioéthique en faisant l’économie d’une réflexion sur l’écologie » (Mgr Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême, La Croix, 24 janvier 2018). Voilà qui nous ramène à une vision globale de notre existence, et à « la conversion écologique » à laquelle le pape François nous appelle dans son encyclique Laudato si’. « Tout est lié » !

Père Stéphane sj

Voir aussi : Les États généraux de la bioéthique

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Un p’tit mot, trois p’tits pas n°93, mars 2018

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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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