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Béliers

Dimanche 17 décembre, 17h30–19h30, salle Jean de Puybaudet.

par Équipe Film & Spiritualité (1er/11/2017)

Film islandais de Grimur Hẚkonarson (2015) avec Siguröur Sijurjósson et Theodór Júlíusson. Prix « Un certain regard » au Festival de Cannes.

Dans une vallée reculée d’Islande, deux frères, Gummi et Kiddi, élèvent des moutons. Ils vivent dans des maisons voisines, gérant conjointement la ferme héritée de leurs parents... mais ils ne se sont plus parlé depuis quarante ans. Le principal événement dans leur vie rude et monotone est le concours annuel de béliers, organisé par la communauté villageoise. Mais un événement vient bouleverser leur existence : on découvre que l’un de leurs moutons est atteint de la tremblante. Les services vétérinaires sont intraitables : pour éviter une épidémie, il faut abattre tous les troupeaux...

Film âpre, à l’image des paysages islandais sur lesquels la caméra s’attarde, Béliers évoque un drame de notre société, celui de l’élimination organisée. Que faire lorsqu’une maladie incurable touche un animal, mettant en danger tout le cheptel, et les cheptels voisins ? Les vétérinaires, gens de la ville, ont la réponse : il faut abattre tous les troupeaux. Tout détruire, même l’enclos, le foin, tout ce qui est susceptible d’abriter les germes de la maladie. Puis patienter deux ans, grâce aux aides allouées par le gouvernement. Et si tout va bien, si l’on a pu tenir bon malgré les dettes, si le village existe encore, recommencer.

Mais pour les éleveurs, cette logique est simplement inhumaine. Comment donner la mort à des bêtes qu’on a élevées, nourries, soignées, que l’on considère presque comme ses enfants ? Comment accepter, même au nom de la sécurité sanitaire, cet abattage bestial ? Comment se résigner à voir disparaître une lignée prestigieuse de moutons ? Abattre les troupeaux, c’est porter un coup fatal à l’élevage dans la région, c’est toucher au cœur les éleveurs.

Tout en explorant les rapports entre gens de la ville et éleveurs, le film invite aussi à réfléchir sur la relation entre l’homme et l’animal. Détruire l’ensemble d’un cheptel, même sain, au nom du principe de précaution... est-ce moralement acceptable ? Et si le corollaire à la mort des bêtes est la disparition d’un village, d’un métier... n’est-ce pas trop cher payer ?

Béliers nous montre aussi l’antagonisme entre les deux frères – et c’est le prétexte à plusieurs scènes cocasses... Mais le film avance entre drame et comédie. Lentement, la tension monte. Les enjeux se précisent. Dans cette histoire, Gummi et Kiddi ont bien plus que des moutons à perdre. Ils ont leur fraternité à retrouver, leur humanité à découvrir. Au risque de la mort, au risque de la vie.

Un très beau film, dépaysant... nous déciderons ensemble si, en ce mois de décembre, il mérite le titre de « conte de Noël ».


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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