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Contre le sectarisme

L’évangile du 26ème dimanche ordinaire, année B, l’homélie du père Christophe Kerhardy, la prière universelle du dimanche 30 septembre 2012.

par Père Christophe Kerhardy sj (30/09/2012)

L’évangile

Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. »

Jésus répondit : « Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous.

"Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.

"Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.

"Et si ta main t’entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s’éteint pas.

"Si ton pied t’entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. Si ton œil t’entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. »

(Évangile de Jésus Christ selon saint Marc, 9, 38-43.45.47-48)

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L’homélie


Vous vous souvenez du film La guerre des boutons ? Les jeunes de deux villages s’affrontent sans trop savoir pourquoi, ils ont hérité de leurs pères et grands-pères une rivalité viscérale. C’est un peu ce qui se passe lorsque les apôtres viennent se plaindre à Jésus parce que quelqu’un qui n’appartient pas à leur groupe a chassé des esprits mauvais en son nom. Que craignent-ils ? Un usage abusif du nom de Jésus, à moins qu’ils ne soient guidés par une grosse jalousie, ou la peur d’une concurrence déloyale. Déjà, au temps de Moïse, on voulait interdire à Eldad et Médad de prophétiser parce qu’ils n’étaient pas avec les autres au moment de l’effusion de l’Esprit. Moïse avait contré ces vues étroites et répondu : Ah ! Si tout le monde pouvait être prophète. Jésus a le même réflexe : n’empêchez pas l’action de ceux qui font le bien, même s’ils ne sont pas de votre clan. Dieu n’est pas sectaire, on n’enchaîne pas le bon Esprit, il souffle où il veut et le nom de Jésus n’est la propriété d’aucun monopole.

Des hommes de bonne volonté, quoique non chrétiens, peuvent être de remarquables témoins de l’Esprit. On les voit soucieux des plus faibles, on les voit qui s’affairent au progrès de la justice et de la paix, on les voit qui luttent contre le mal et la souffrance. Tenez, Gandhi n’était pas chrétien mais peu importe, il était en accord avec le grand projet de Dieu, lui aussi était témoin du Christ parce qu’il défendait l’homme. Au lieu de nous replier dans un esprit de boutique, aujourd’hui, Jésus nous invite donc à avoir une estime profonde pour ces témoins hors sérail : « Ceux qui ne sont pas contre nous sont avec nous ». Le nom de Jésus n’est pas une marque déposée, géré par une secte, c’est un bien universel, qui vise au mieux-être, au mieux vivre de tous.

Mais alors, me direz-vous, à quoi sert l’Église si l’Esprit souffle et anime même ceux qui ne sont pas en son sein ? À quoi servons-nous si l’Esprit agit en passant par d’autres voix ? Justement, nous servons à annoncer et à proclamer que l’amour de Dieu est donné à tous les hommes et que cet amour, qui veut le bien de tous, nous appelle à devenir des frères universels. À quoi servons-nous ? À tisser, au nom de Dieu, avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté, cette immense fraternité, élevée au-dessus des affrontements, entre tribus, entre religions, entre partis, entre jeunes de deux villages comme dans La guerre des boutons... cette œuvre de l’Esprit urge car la fraternité n’est pas le maillon fort du monde d’aujourd’hui. Beaucoup de problèmes résident avant tout dans le manque de fraternité entre les hommes et entre les peuples. La mondialisation nous rapproche, mais elle ne nous rend pas frères. D’où l’urgence de réinventer aujourd’hui un humanisme, une civilisation où les plus fragiles, les plus exposés, feront l’objet d’attention accrue. C’est l’avertissement que lance Jésus, avec force et sévérité : « Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer ».

Quand Jésus dénonce la chute des plus petits qui sont ses frères, il se fait l’avocat des faibles, de tous les déclassés du système et il appelle les croyants et tous les hommes de bonne volonté à rechercher le bien de tous, à sauver l’homme, et il attend de nous que nous collaborions aux progrès dans le bien commun, la justice, le partage des richesses, tout cela dans un esprit de fraternité qui, il faut bien le dire, n’est pas la priorité n°1 d’un système fondé sur la recherche du profit maximum. Quand on voit le déferlement de plans sociaux, qu’on entend ceux qui crient leur détresse, on se dit avec saint Jacques que l’argent, la richesse ont vraiment une odeur de pourri.

Accueillons donc cet évangile comme un plaidoyer qui cherche à nous élever au-dessus de nos « guerres des boutons » et aussi au-dessus de l’avidité immorale, où les uns sont repus à l’excès pendant que d’autres s’enfoncent dans la misère.

Pour y parvenir, Jésus nous demande de censurer tout ce qui concourt à la chute des plus petits. Et ses paroles sont rudes, quand il s’agit de couper les racines du mal : si ton œil t’entraîne au mal, arrache-le, si ta main, ton pied font le jeu du mauvais, coupe-les... Bien entendu, il ne s’agit pas de nous mutiler physiquement, mais de procéder à une bonne taille spirituelle... d’après vous, n’est-il pas vrai qu’un coup de main vaut mieux qu’un coup de pied, qu’un coup de pouce vaut mieux qu’un coup de tête, qu’un coup de cœur vaut mieux qu’un coup de sang ? Eh bien, entre tous ces coups, il faut encourager ceux qui sont pour l’homme et couper, tailler, élaguer ceux qui sont contre lui. C’est difficile, c’est un combat, c’est une grâce à demander dans la prière.

Alors, plus de douane, de cloisons, de murs, dans nos cœurs. Réjouissons-nous de la part de bon esprit que détiennent nos voisins pour servir la dignité de tout homme et de tous les hommes.

Illustration : baz777 / 123RF Banque d’images

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La prière universelle

Pour que dans l’Église, tous sachent reconnaître le souffle de l’Esprit dans la grande diversité des mouvements, des charismes, des sensibilités qui forment sa richesse, ô Père, nous te prions.

[marine]Que ton Esprit, Seigneur, renouvelle nos cœurs.[/marine]

Seigneur, que chacun selon ses moyens découvre les joies du partage et de la solidarité et contribue, par ses actions, à plus de justice sociale. Ô Père, écoute-nous.

[marine]Que ton Esprit, Seigneur, renouvelle nos cœurs.[/marine]

Pour ceux qui ne trouvent pas leur place dans notre société. Que cette exclusion ne se traduise pas en haine et violences mais que leurs qui se tendent trouvent des mains qui les comblent. Ô Père, exauce-nous.

[marine]Que ton Esprit, Seigneur, renouvelle nos cœurs.[/marine]

Pour toute la communauté chrétienne. Qu’elle s’éloigne de tout sectarisme et sache en toutes circonstances faire preuve d’accueil et d’ouverture. Ô Père, écoute-nous.

[marine]Que ton Esprit, Seigneur, renouvelle nos cœurs.[/marine]


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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