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«  Tous élus ! »

par Père Stéphane Nicaise sj (2/07/2017)

Ouf, nous voici enfin sortis des périodes électorales ! Ce ouf de soulagement, beaucoup l’expriment. Comme si une page se tournait, laissant en arrière l’imposition quotidienne des reportages et débats sur et entre les candidats ; comme si tout cela n’avait été qu’une parenthèse de l’existence ordinaire retrouvant enfin son cours normal, mélange d’habitudes et de préoccupations plus individuelles que collectives. C’est tout ? L’effervescence électorale n’aurait rien produit de plus ? Si tel était le cas, quelle débauche de moyens et d’énergie humaine !

Que nous soyons fatigués du thème électoral imposé pendant des mois n’enlève cependant rien à l’importance du débat démocratique ; à son caractère contradictoire pour que chaque citoyen puisse se reconnaître dans l’une des politiques prônées, et ainsi valider la place qu’il choisit d’occuper dans la société. L’exercice de la campagne électorale vise cette prise de conscience citoyenne qui conduit à l’engagement personnel au service du projet commun auquel se rallie la majorité de la population du pays.

Mais voilà, le matraquage que beaucoup ont le sentiment de subir pendant la campagne électorale semble davantage les détourner du sujet que stimuler leur réflexion personnelle et l’envie de participer avec d’autres à la définition d’une orientation forte du devenir collectif. Du coup, le constat répété que le premier parti de France est celui des abstentionnistes vient sanctionner l’ensemble des comportements tant des acteurs directs de la politique que des citoyens lambda que nous sommes.

Que faire alors ? D’abord sortir de la plainte. C’est toujours trop facile de faire porter le chapeau aux autres. L’alibi est confortable pour s’éviter une remise en cause personnelle : et moi qui me plains souvent de ne pas être assez aidé ou de ne pas recevoir assez de l’État, des Collectivités et des Politiques, qu’est-ce que je suis prêt à donner ? Quelle est ma disponibilité pour donner du temps à l’action collective, par exemple associative ? Le don de soi est depuis les temps les plus anciens la disposition personnelle la plus gratifiante ; celle qui fait expérimenter à chacun le potentiel énorme de son humanité : le don est accomplissement de l’être humain créé pour aimer. A défaut de valider cette disposition intérieure, constitutive de l’homme, la morosité s’installe vite dans une existence ordinaire, sans relief, sans combat.

Les institutions de la République sont pourtant là pour favoriser l’expression de cette inclination du cœur humain. Mais elles aussi ont besoin d’être régulièrement réformées. Les campagnes électorales que nous venons de traverser ont de nouveau agité des questions en ce sens : le mode de scrutin à la proportionnelle, l’obligation du vote, la reconnaissance du vote blanc, l’abaissement du droit de vote à 16 ans... Chaque thème n’amène pas à lui seul la solution. Plusieurs ont à être croisés, à l’image du tressage dont résulte un cordon solide, vital. Agités pendant la campagne, ils ne peuvent alors faire l’objet d’un traitement serein et réfléchi. C’est maintenant, à distance des enjeux de pouvoir immédiat, que nous devrions les reprendre ; dans une dynamique d’éducation populaire, au jour le jour ; dans le rythme de la vie ordinaire où nous pesons quotidiennement les enjeux de notre citoyenneté. C’est là et pas ailleurs que nous pouvons fonder, enraciner notre pouvoir d’électeur.

Un peu de mémoire historique est sans doute nécessaire pour nous en convaincre. Le droit de vote, par exemple, comme d’autres droits civiques, est le fruit d’une conquête au terme de combats qui ont souvent été durs. Les femmes ne l’ont obtenu qu’après la Seconde Guerre mondiale. Nous en détourner, le banaliser n’est donc pas faire honneur à nos anciens. Faut-il en faire aujourd’hui une imposition sous la contrainte alors qu’il relève par nature d’une revendication collective ? L’histoire des droits sociaux nous invite aussi à de telles remises en cause de nos manières de nous sentir peu responsables du devenir collectif de notre société. Laisser tout entre les mains des élus relève de la démission. Nous sommes tous élus !

Père Stéphane, sj

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Un p’tit mot, trois p’tits pas n°89, juin 2017

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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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