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Réflexions et témoignages sur la fragilité

par Monique Cadet (3/03/2017)

▪ La fragilité, faiblesse ou richesse ?  2009, éd. Albin Michel.

▪ Tous fragiles, tous humains 2011, éd. Albin Michel.

▪ Quand la fragilité change tout 2013, éd. Albin Michel.

Ces trois livres rassemblent des échanges et des témoignages d’intervenants lors de colloques interdisciplinaires sur la fragilité organisés à l’initiative de l’Arche en France de Jean Vanier. Pour accueillir dans notre société toutes les formes de fragilité dans ce qu’elles recèlent de richesse, de fécondité, avec lucidité, espérance et engagement.

Traverser nos fragilités Bernard Ugeux Éd. de l’Atelier, 2006

On lit avec profit cet ouvrage qui propose un véritable itinéraire spirituel pour « traverser la fragilité » c’est-à-dire l’identifier, puis l’apprivoiser, vivre avec elle sans la considérer comme une tare mais comme « une limite et une chance à la fois ». Et être ouvert à celle des autres de façon juste en tant que chrétiens, sans perdre l’espérance du Salut, sans oublier que le mal n’aura pas le dernier mot.

Bernard Ugeux, anthropologue, missionnaire et théologien, nourri de la traversée de sa propre fragilité et de son expérience auprès de personnes en souffrance, pointe les multiples fragilités de notre monde où la faiblesse est souvent vécue comme une faute. Or, « notre fragilité est bien souvent ce qui nous rend capables de tendresse, de compassion, d’écoute, de dépassement », nous fait prendre conscience que nous ne pouvons pas nous suffire à nous-mêmes, que nous avons besoin des autres, de leur regard bienveillant, aimant, respectueux.

Bien plus, face à la maladie, au handicap, à la vieillesse, à la solitude, à la mort, nous avons besoin de « l’Autre », du Dieu de Jésus-Christ. Les représentations de Dieu excessivement culpabilisantes et contraires à l’Évangile sont à rejeter : la souffrance n’est pas une punition divine, il ne faut ni la glorifier ni la fuir mais lui donner sens. Développant sa réflexion sur une approche chrétienne de la fragilité, Bernard Ugeux s’interroge sur la toute-puissance de Dieu, l’épreuve du mal, les pratiques de guérisons de Jésus. Il insiste sur le sens chrétien de la souffrance et de la guérison à la lumière de la bonne nouvelle du Salut : puissance de vie et d’amour, Dieu se propose sans s’imposer ; présent dans nos vies, « il ne nous enferme pas dans nos fragilités et dans notre péché (…) il ne nous envoie pas des croix, son Fils les porte avec nous (…) Que notre Dieu n’agisse pas tout de suite comme nous le voudrions ne signifie pas qu’il soit indifférent ou impassible ». À nous de discerner son action souvent discrète.

Bernard Ugeux appelle à la vigilance dans les démarches de prières en vue de la guérison et expose la manière dont l’Église, par l’accueil sacramentel de la fragilité, s’inscrit dans l’ensemble des démarches de soin et de soutien moral des malades : aux communautés chrétiennes d’œuvrer pour que « chacun soit accueilli et reconnu dans toute sa dignité, quelle que soit sa pathologie ou son passé ».

Guérir de son enfance Jacques Lecomte. Odile Jacob, 2010

Comment guérir les blessures de l’enfance ? Comment des victimes de violences physiques, ou pire, de maltraitance psychologique, moins visible mais terriblement destructrice, ont-elles pu survivre, transformer leur souffrance en force, bref s’en sortir ?

Bâtie sur des faits rapportés par des scientifiques, et sur des récits de vie d’enfants et d’adultes de tous âges, cette étude très complète et très claire de Jacques Lecomte, alors chargé de cours à l’université Paris X-Nanterre et à la faculté de sciences sociales de l’Institut catholique de Paris, apporte des réponses à toutes ces questions. Oui, une personne à l’enfance blessée peut se reconstruire, non pas comme on le pense souvent en oubliant, mais en tournant la page. Un long processus qui repose sur trois piliers : le lien, la loi et le sens. Tisser des liens avec quelqu’un de son entourage, un animal, un jouet, la nature ; s’inventer une famille de substitution, un ami ; aider autrui (être utile aux autres permet de s’aider soi-même), sont des moyens pour trouver « une bouée de sauvetage », des repères, et peu à peu « donner du sens à sa souffrance et à son existence ». Les « psy » ne sont pas les seuls à pouvoir accompagner. Les enseignants, les professionnels de l’aide à l’enfance et toute autre personne (si elle n’est pas à l’origine de la souffrance) sont des « tuteurs de résilience » à condition de respecter la liberté de parler ou de se taire de l’être en souffrance, de le valoriser pour qu’il retrouve l’estime de soi. Et de faire preuve de patience car le temps est un grand thérapeute.


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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