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Bienheureuses fragilités !

par Père Stéphane, sj (2/03/2017)

« Pour faire un homme, Dieu que c’est long ! ». Hugues Aufray le chantait en 1999 dans Le Bon Dieu s’énervait. Et de même, pour faire un arbre, c’est long : son germe traverse une longue période d’insignifiance et de vulnérabilité ; simple brindille de bois à peine repérable par de très petites feuilles, il est à la merci des intempéries et des dégradations que l’activité humaine provoque. Des années après, s’il a survécu, il occupe l’espace et s’impose.

Jean Vanier, lorsqu’il décide en 1963 de cohabiter avec deux personnes porteuses d’un handicap mental, inaugure une expérience dont il n’imagine pas ce qu’elle va devenir. Première communauté de l’Arche, elle est aujourd’hui démultipliée à plus de 150 exemplaires dans 35 pays. Toutes ces communautés répondent à l’intuition que la vie humaine contient de multiples facettes qui, toutes, ne demandent qu’à s’épanouir en un seul bouquet.

Cette loi de la vie que Jean Vanier contemple dans la nature suscite toujours son étonnement : « Même les petits insectes ont un boulot ! ». De fait rien n’est inutile dans la Création. Le plus insignifiant et le plus vulnérable est indispensable à la valorisation de toutes les potentialités contenues dans le Monde. De même, la fragilité n’est pas un défaut de la condition humaine : « La vie humaine commence dans la fragilité et se termine dans la fragilité ; toute sa vie l’être humain demeure fragile ».

Nos sociétés paraissent dès lors construites sur un déni de la condition humaine : le refus de se reconnaître fragile, et donc d’accueillir la fragilité des autres. Pour preuve, les discours totalitaires de la performance nous font envier un boug’ en l’air, un moun’, celui qui dispose d’appuis dans tous les réseaux politiques, économiques, sociaux et culturels. A preuve encore l’organisation des relations sociales qui, pendant longtemps, a exclu, mis de côté, et même caché ceux dont la fragilité faisait offense au culte de la réussite.

Rien n’avait cependant le pouvoir d’écraser les germes de vie présents en chacun de nous. Le courant humanitaire l’affirme. Sous mille formes il est répandu dans l’ensemble de la société pour redonner sa dignité à tout être humain. En s’engageant dans l’humanitaire, combien n’ont-ils pas fait l’expérience de recevoir tout autant qu’ils donnaient ? Asymétrique à ses débuts, la relation d’entraide se développe le plus souvent en relation de réciprocité entre aidants et aidés.

La fragilité produit ce surplus d’humanité, pour tous, car elle agit comme l’écho qui se propage d’une paroi à l’autre. La fragilité force nos barrages de conventions sociales et culturelles pour se frayer un passage de cœur à cœur. Dans cet espace le plus intime de l’homme, l’amplitude de la résonance produite par la fragilité est à son maximum. Aucune surdité ne peut alors y rendre insensible, à moins de se fuir soi-même !

Quand 1 500 personnes se rassemblent un week-end (26- 27 novembre 2016, aux Docks de Paris) pour partager leurs expériences que la reconnaissance et l’acceptation de nos propres fragilités et de celles des autres sont porteuses de changement dans notre société, l’utopie devient réalité. Pour la quatrième fois depuis 2009, le colloque « Fragilités Interdites ? » a fait se rencontrer des acteurs associatifs de toute la France. D’une fois sur l’autre, le thème s’élargit et s’approfondit. Du « Plaidoyer pour un droit à la fragilité » au « Tous Fragiles, tous humains », le regard porté sur la fragilité omniprésente dans notre société ramène à la trilogie républicaine pour l’interroger : « Liberté, Égalité, Fragilité : revisiter la Fraternité ».

Bienvenue donc à la Fragilité comme marque de notre Fraternité universelle au service de la Paix ! Nos prochains forums-débats sont une invitation à entrer davantage en familiarité avec nos fragilités...

Père Stéphane, sj

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Un p’tit mot, trois p’tits pas n°87 - mars 2017

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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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