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Film et Spiritualité : Freaks

par Équipe Film & Spiritualité (1er/02/2017)

Film en noir et blanc de Tod Browning (USA, 1932) avec Wallace Ford, Leila Hyams, Olga Baclanova. Durée : 64 minutes.

Dans les années 1930, le cirque Tetrallini est en tournée à travers l’Europe. Hans, l’illusionniste, est atteint de nanisme. Il est fiancé à Frieda, l’écuyère, qui est naine elle aussi. Mais il tombe amoureux de la grande et belle Cléopâtre, la trapéziste. Au départ, celle-ci, amusée, se moque doucement de lui en acceptant ses avances et surtout ses cadeaux, sous l’œil jaloux et impuissant de Frieda. En fait, Cléopâtre cultive en secret une relation avec le beau et fort Hercule, le Monsieur muscles du cirque. Lorsqu’ils apprennent que Hans a hérité d’une fortune, ils montent un plan machiavélique…

On pourrait traduire le mot freaks par « monstres de foire ». Au XIXème siècle et pendant toute une partie du XXème, les personnes atteintes de malformation congénitale, ou de trouble du développement provoquant quelque difformité, n’avaient souvent d’autre choix pour gagner leur vie que de s’exhiber dans les foires et les cirques. Et les badauds s’offraient un frisson à peu de frais en venant voir ces « monstres » : nains, géants, femmes à barbe, hommes-troncs, siamois…

L’une des particularités de Freaks est d’être un film sans effet spéciaux : les « monstres » qu’il met en scène sont sur la pellicule tels qu’ils étaient dans la vie. Et loin d’être réduits à des rôles accessoires (comme les nains dans certaines œuvres historiques), ils sont ici le sujet même du film.

Mais attention : aucune trace de complaisance. Au contraire, certains noteront le côté « documentaire » de Freaks, estimant que les personnes sont filmées avec justesse et que le film répond à des questions de pure curiosité : comment, sans bras, peut-on manger et boire ? une vie amoureuse est-elle possible quand on a une sœur siamoise ? D’autres y verront un film noir : une histoire de vengeance qui utilise le thème de la monstruosité comme punition divine. D’autres encore seront sensibles au suspense, car Freaks a été tourné comme un film d’horreur : les plans de regards fixes, aux fenêtres, sous les roulottes, dans le moindre recoin, distillent une atmosphère de cauchemar et instillent l’idée que ce qui est différent présente un danger mortel.

La vérité est que ce film nous regarde, alors que nous croyons en être spectateurs. Et les questions qu’il soulève, les avis qu’il provoque seront tous différents, sans doute parce que Freaks renvoie chacun à sa singularité, son vécu, ses convictions, sa culture…

Freaks est la conséquence d’une banale rivalité commerciale entre Universal et la MGM, deux grandes sociétés de production américaines. Universal, qui venait de produire avec succès Dracula (Tod Browning, 1931), annonçait la sortie de Frankenstein (James Whales, 1931). Flairant le filon, la MGM décide de se lancer aussi dans le film d’horreur et demande au scénariste Willis Goldbeck d’inventer quelque chose de « plus horrifiant » que Frankenstein. C’est Tod Browning qui réalisera le film. Une première, organisée avant la sortie officielle, ne remporte pas l’adhésion du public, qui juge Freaks trop terrifiant. Le montage est ensuite modifié mais, même édulcoré, le film continue de déplaire, voire de dégoûter, il est même interdit dans certains pays. Il faut attendre les années 60, qui interrogent la question de la « norme », pour que Freaks soit redécouvert et devienne un film culte.


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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