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Reprise du quatrième forum-débat du Centre Saint-Ignace sur le thème : « Face à l’extrême droite : écouter, comprendre, agir »

par Père Stéphane Nicaise sj (30/12/2016)

Pour cette dernière étape de notre parcours de quatre mois, nous étions encore une trentaine de participants, ce qui n’est pas si mal ! Nous savons en effet la difficulté d’inscrire dans la durée une démarche de réflexion et d’action. C’est à l’inverse du courant général de notre société qui porte à l’ici et maintenant, à l’instantanéité et l’éphémère des situations. Pourtant élire un président de la République engage la Nation pour cinq ans, ce qui n’est pas rien !

Notre parcours se voulait être une préparation sereine aux débats électoraux qui vont aller en s’intensifiant. Nous voulions avoir le temps d’établir un débat contradictoire qui ne soit pas trop vite parasité par les excès de campagne. Ce point est nettement gagné ! D’autant plus que la dernière séance a été co-construite avec les interventions préparées par quatre participants. Le mouvement avait été amorcé au forum précédent par une seule intervention. De cette expérience commune, un premier enseignement est à tirer : notre communauté est riche de membres capables de s’exprimer ; porteurs d’une pensée forte qu’ils ne demandent pas mieux que de partager. Il est évident que la tonalité des prises de parole est alors bien différente de celle d’une personne extérieure invitée. Celle-ci nous apporte autre chose. Mais là, c’est nous-mêmes qui confrontons avec humilité la cohérence de nos existences avec ce que nous confessons. Il me paraît évident que nous avons à poursuivre cette voie ouverte…

Je viens d’évoquer la qualité des prises de parole. Cela a commencé très fort avec le témoignage de Jean-François. Témoignage poignant du drame vécu par son frère dont le fils est mort en tentant de maîtriser le jeune Maghrébin de 17 ans qui cambriolait sa voiture. Son frère n’a pas versé dans la xénophobie, exigeant qu’autour de la tombe ne soient dites que des paroles d’affection et de prière… Confesser sa foi trouve là l’une de ses expressions ultimes… Et cette mise en acte se vérifie dans le regard porté sur la société, l’analyse des conditionnements sociaux qui conduisent à construire des barrières et à exclure, et qui ne sont pas d’abord liés à l’immigration. Au final, les vraies questions sont posées : comment est-on arrivé à un tel degré de haine exprimée par des enfants et des jeunes à l’égard de la France, leur sol natal ? Comment construire une politique d’intégration profitable au plus grand nombre, par l’école, le logement, la politique de la ville, la création d’emploi ? « Le mal n’est pas en dehors de nos frontières, il est chez nous, en nous. » Alors que faire ? « Tendre la main à tous les autres ; sourire à l’étranger, briser les murs, établir le contact. »

A ces préconisations de Jean-François est venue en écho la réflexion de Jean-Marc sur le « vivre ensemble », une vieille idée, exprimée tant par le « aimez-vous les uns les autres » de l’Évangile que par la devise laïque et républicaine, « liberté, égalité, fraternité ». Réaliser ce vivre ensemble demande cependant le dépassement onéreux des égos, tant individuels que de groupes, et donc de renoncer à la désignation et l’élimination de boucs émissaires… En quoi la société des réseaux, sociaux et autres, nous y aide-t-elle ? Ou comment la mettre davantage au service de la tolérance et de l’altruisme ? Les réponses sont d’abord dans un travail sur soi, une responsabilisation de chacun, ce qui nous remet sur la voie de l’éducation et de la culture…

Dominique a poursuivi dans cette voie en mettant la priorité sur le respect de la vie, de cette vie qui nous est commune et qui interdit donc toute discrimination, toute différentiation de valeur entre les personnes, toutes dépositaires de la même humanité. « L’émigré, comme hier l’esclave, n’est pas inférieur à moi ! » Comment cesser alors de voir en l’autre un ennemi ? C’est notre vision de la société qui est à interroger. N’est-elle pas déshumanisante ? A ne nous considérer que comme des consommateurs, notre vision sociétale nous réduit à un objet, comme l’était l’esclave hier… Rien n’indique que les politiques soient aujourd’hui à même de changer cette vision, eux-mêmes prisonniers des rouages de l’économie mondiale. Le changement peut davantage venir d’une volonté d’éducation, par un apprentissage dès le plus jeune âge du vivre ensemble respectueux de chacun. A la clé, apprendre à chacun à croire en soi, en sa valeur, identique à la valeur intrinsèque de tout homme, avec également la même capacité à se projeter, à être créatif, à trouver sa place dans le monde. Cet apprentissage n’existe pas aujourd’hui…

Axel est venu conclure ce tour de table en nous rappelant les 5 grands principes de la doctrine sociale de l’Église : le bien commun, la destination universelle des biens et l’option préférentielle pour les pauvres, la subsidiarité, la participation, la solidarité. Axel nous propose d’en faire nos critères de choix pour aller voter, autrement dit de passer les programmes des candidats au crible de ces principes. Mais cette démarche suppose d’être précédée et accompagnée de notre attention constante à rechercher les applications pratiques de la doctrine sociale de l’Église dans nos existences quotidiennes. Comment, par exemple, nous exercer à regarder l’immigré sous l’angle de la solidarité ? Ou comment encore accorder concrètement une sollicitude particulière aux pauvres, à ceux qui se trouvent dans des situations de marginalité, et cetera ? Et Axel de s’interroger en final : quelle démocratie participative sans information et éducation ? Mais quelle information, par qui, par les médias ?

Plus d’une heure s’était déjà écoulée, le temps risquait de manquer pour donner la parole à tous ceux qui souhaitaient la prendre. La rencontre s’est donc prolongée de 20 minutes, pour s’arrêter au bout d’1h50… Pêle-mêle, voici quelques pistes proposées par les uns et les autres :

  • Ne pas rester sourd aux questions posées par les personnes attirées par le vote extrême droite : s’intéresser à la question de la monnaie ; s’intéresser à la question de l’Europe.
  • Quels éléments de réflexion pouvons-nous apporter aux ados et jeunes d’aujourd’hui qui demain seront aux responsabilités publiques ?
  • Comment réinstaurer du rêve en politique à partir duquel déterminer des objectifs puis seulement alors prendre des mesures, et non plus partir et s’arrêter à ces dernières ? Un rêve à dimension collective : plusieurs personnes qui ont le même rêve et qui se donnent les moyens de se rencontrer…
  • C’est la pratique quotidienne de chacun qui fait que la société se construit ; c’est l’attitude personnelle qui contamine le groupe, créant ainsi le lien entre l’action personnelle et la transformation de la société…
  • L’insécurité est la cause majeure de nos problèmes, l’insécurité alimentaire et celle concernant ce qui va nous arriver. C’est alors que nous commençons à avoir peur du voisin…
  • Militer pour la reconnaissance du vote blanc et du vote nul, et ainsi permettre que soit calculé le taux réel avec lequel le gagnant d’une élection est élu.
  • Inviter les candidats à un mandat politique pour leur présenter nos réflexions et ainsi les sensibiliser davantage à ce qui nous paraît essentiel comme l’éducation, l’apprentissage, le respect et la connaissance mutuelle…

Au moment de nous arrêter – car il a bien fallu le faire ! – le sentiment d’apaisement était partagé, à l’image de l’unanimité qui se dégageait des échanges : « Nous avons beaucoup parlé de la même chose ce soir, une volonté commune d’action ». Oui mais, « on fait quoi nous avec ça ? ». L’interpellation finale de Françoise n’était pas une simple provocation. Elle ramenait deux thèmes plusieurs fois abordés, celui du rôle de la société civile, en particulier des associations, et celui du rôle des médias.

Alors que devons-nous faire ? Les semaines à venir peuvent être porteuses d’initiatives. Pour rappel, le site du Centre Saint Ignace (www.jesuites974.com), et également sa page Facebook (jesuites974) peuvent être des relais à exploiter, d’abord entre nous, et avec ceux qui y trouveront l’occasion de s’embarquer dans l’aventure commune dans laquelle nous nous sommes lancés. C’est de notre responsabilité partagée ! N’attendons pas pour agir…


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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