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Edward aux mains d’argent

Dimanche 18 décembre, 17h30-19h30, Salle Jean de Puybaudet

par Équipe Film & Spiritualité (3/11/2016)

Film de Tim Burton (« Edward Scissorhands », USA, 1990) avec Johnny Depp, Winona Ryder, Dianne Wiest. Bafta Awards de la meilleure direction artistique, Saturn Awards du meilleur film fantastique.

« Pourquoi est-ce qu’il neige ? » demande à sa grand- mère une fillette qui ne veut pas dormir. Et la grand-mère répond : « C’est l’histoire d’un homme qui avait des mains ciseaux » (scissorhands)... Peggy, une vendeuse à domicile de produits de beauté, le découvre un jour dans un château étrange qui domine la zone pavillonnaire où elle vit. Edward Scissorhands est l’œuvre d’un inventeur mort avant d’avoir fini son ouvrage. Au bout des bras, il n’a donc pas de mains mais des lames de métal... Émue par sa solitude, Peggy l’invite chez elle. Son arrivée déclenche la curiosité mais il se fait accepter grâce à ses dons pour tailler les haies. Il tombe amoureux de Kim, la fille de Peggy. Mais un ami de Kim l’entraîne dans un cambriolage foireux...

Le film se situe d’emblée dans le registre du conte. Mais on y retrouve aussi l’esthétique du cinéma fantastique et certains codes du dessin animé. Une collision des genres pour traduire l’univers singulier, fantastique et poétique, propre à Tim Burton.

Les questions relatives à l’identité et à la différence sont omniprésentes. Dans quelle mesure une société peut-elle vraiment accueillir la différence ? Ici, tout se passe bien tant qu’Edward reste un invité, objet de curiosité. Mais qu’il se mêle d’exister en tant que sujet, c’est-à-dire de faire entendre sa voix singulière, d’exprimer ses rêves, ses désirs... et ceux qui lui faisaient bonne figure se retournent contre lui.

Mais le film ne montre pas seulement le phénomène de rejet. En donnant à voir une banlieue bourgeoise américaine des années 50, aux maisons toutes semblables, aux pelouses tondues au brin d’herbe près, aux personnages archétypaux, il décrit un monde uniforme. Normé, plutôt que normal, et lentement étouffé par le matérialisme. La démonstration n’est pas grinçante mais glaçante : ce monde fait peur au cinéaste. Il devrait nous faire peur à tous. Car cette normalité à base de 4x4, de barbecues et de ragots a quelque chose de terriblement mortifère, elle pourrait bien faire faner tout rêve, toute créativité.

En ce sens, l’histoire est un peu celle de « la seconde chance », et il est permis de se demander à qui cette seconde chance est en réalité offerte : est-ce à Edward –il s’agirait alors de la chance d’être heureux, en relation avec d’autres, grâce à Peggy la « bonne fée » ? Ou bien est-ce à la société, et il s’agirait plutôt de la chance d’accueillir avec lui, en assumant sa singularité (la capacité d’Edward à créer de la beauté), un frère ?

La musique de Danny Elfman, qui crée un environnement sonore très particulier ; le travail sur les couleurs et les contrastes ; le mélange subtil entre hyperréalisme, fantastique gothique, burlesque et merveilleux... tout cela contribue à la magie du film, qui distille un sentiment d’irréalité et nous tient du début à la fin comme entre ciel et terre, comme les flocons de neige...


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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