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Annoncer vaut mieux que dénoncer

« Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre maison commune » : Laudato si’, l’encyclique du pape François éclaire les événements dramatiques qui secouent le monde. « La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi à travers les symptômes de maladie que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les vivants » (n° 2). Le pape s’inspire de saint François d’Assise car « en lui, on voit jusqu’à quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure » (n° 10). (Suite de l’éditorial du père Stéphane Nicaise ici)

par Père Stéphane Nicaise sj (1er/09/2016)

« Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre maison commune » : Laudato si’, l’encyclique du pape François éclaire les événements dramatiques qui secouent le monde. « La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi à travers les symptômes de maladie que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les vivants » (n° 2). Le pape s’inspire de saint François d’Assise car « en lui, on voit jusqu’à quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure » (n° 10). (à suivre)

La compassion à l’égard des victimes de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray –le dépôt de fleurs, de bougies, de textes de soutien– éveille en nous l’orientation fondamentale de notre cœur à aimer, donner, communier. La souffrance et la mort possèdent cette vertu étonnante de nous rassembler, de nous faire ressentir notre humanité commune, cette part de nous-mêmes présente en chaque personne à tous les âges de la vie, de l’enfance à la vieillesse. En ces instants, dans l’union des cœurs et des esprits, s’exprime le désir le plus profond de l’homme.

Voilà ce qui s’est de nouveau imposé à nous, cette vérité à ne jamais perdre de vue. Or, inspire-t-elle vraiment nos existences individuelles et collectives ? Savons-nous suffisamment la traduire en réalisations qui renforcent le lien social ? Y consacrons-nous nos forces politiques, économiques et culturelles ? S’interroger ainsi n’a de sens que si nous établissons des critères d’évaluation. De même, invoquer avec conviction nos valeurs républicaines, et ne pas se doter des moyens d’évaluer leur mise en œuvre nous condamnent à l’incantation. D’autant que nos comportements actuels érigent en absolu davantage la liberté et l’égalité que la fraternité.

À preuve le projet de loi de programmation relative à l’égalité réelle outre-mer. Il considère le citoyen dans son individualité, et non dans sa relation aux autres. L’exposé des motifs dit en effet qu’il s’agit de « garantir aux citoyens des outre-mer les mêmes opportunités, que celles prévalant en France hexagonale, de mener à bien leur existence selon leurs aspirations et leurs projets de vie, en tenant compte de leurs besoins spécifiques ». À Condorcet, cité juste après, revient pourtant la paternité de l’éducation populaire qui ne sépare jamais l’individu de son groupe social. C’est la responsabilisation de chaque membre du collectif vis-à-vis des autres, dans une mise en œuvre commune, qui fait de chacun l’acteur du progrès social de tous. Est-ce l’exemple que la métropole nous renvoie ? Non ! Aussi, plutôt que de vouloir partager « les mêmes opportunités que celles prévalant en France hexagonale », le citoyen réunionnais et indianocéanien a tout intérêt à s’appuyer sur ses propres acquis, notre vivre ensemble si malmené par l’attrait de sirènes extérieures.

Car à force de regarder ailleurs, nous oublions d’entretenir notre jardin de mille plantes des quatre coins du monde, harmonieusement réunies. Dans son discours du 14-Juillet, le préfet nous l’a rappelé en plaçant la cérémonie « sous le signe du vivre ensemble ». Si celui-ci « nous donne des droits », plus fondamentalement « il nous engage (...) à nous projeter dans l’avenir ». En citant notre « principe de vie en commun », le préfet remet sous nos yeux ce « socle commun qui nous évite le piège du communautarisme ». Oui, la réussite de ce modèle social tient au fait que « les tensions ont toujours cédé la place au fil du temps à la cohésion de la population ».

Nous disposons donc de tout ce qu’il faut pour aller de l’avant à condition de maintenir notre vigilance sur ce qui structure le « cadre apaisé et tolérant » de notre société : des moyens redonnés à l’éducation populaire, et une évaluation actualisée du lien famille-école. A ce prix, nul doute que baissent les indicateurs du décrochage scolaire, de l’illettrisme et du chômage ; et que s’accélère le processus d’intégration de chaque citoyen par son rôle d’acteur de la mise en œuvre des valeurs républicaines dans une vision partagée de notre devenir. Voilà le moteur de notre volonté de vouloir faire de grandes choses ensemble ! Osons l’annoncer !!!


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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