Accueil du site > Centre St-Ignace > Un p’tit mot, trois p’tits pas > « Tu comptes pour moi ! »
logo

« Tu comptes pour moi ! »

Retrouvez ici le bulletin « Un p’tit mot, trois p’tits pas » d’avril 2016 et l’éditorial du père Stéphane Nicaise.

par Père Stéphane Nicaise sj (2/04/2016)

Une personne dans la force de l’âge voit sa vie brisée par la maladie, un accident, ou encore un attentat, ce risque terrible inscrit désormais dans notre environnement. Cette personne se retrouve comme en croix, immobilisée, sans plus aucune possibilité de décider par elle-même de sa vie… et peut être déjà agonisante…

L’Homme Jésus est passé lui aussi par cette épreuve extrême, lui qui avait osé dire à d’autres : « Viens et suis-moi ! ». Cet appel est toujours d’actualité car sur la croix Jésus s’est adressé au supplicié partageant son calvaire : « Aujourd’hui même je te prends avec moi ! ». Cette affirmation résonne à toute époque comme la Parole qui agit, qui fait ce qu’elle dit. L’Évangile en est rempli : l’aveugle voit, le boiteux marche, l’exclu est de nouveau relié aux autres… Le Christ n’efface rien du passé, mieux, il le transfigure. Il traverse les murs de la haine et du rejet de la différence. Par son comportement, il instaure une nouvelle relation, il réintègre à la communauté humaine. Il rétablit chacun dans sa capacité d’aimer et de pardonner pour aller plus loin ensemble…

Ces valeurs évangéliques sont également mises à la première place par la devise républicaine, Liberté – Égalité – Fraternité. De ce fait le défi partagé par nous tous est prioritairement celui de la Fraternité, que ce soit au nom de la laïcité ou de la religion. La Fraternité, parce que c’est elle le pivot central où s’articulent et se renforcent mutuellement la Liberté et l’Égalité. Elle rend en effet incontournable la reconnaissance de la dignité inaliénable de toute personne, et elle impulse la volonté de créer avec les autres des relations qui nous humanisent. La Fraternité a cette capacité parce qu’elle mobilise le meilleur de nous-mêmes qui est notre désir d’aimer et de grandir en amour.

Dès l’instant où je dis à l’autre qu’il compte pour moi, et réciproquement, nos mains se rapprochent pour exécuter le même geste, celui de construire l’espace favorable au respect, à l’accueil des plus fragiles et des plus précaires ; ceux-ci, dans l’actualité de ces derniers mois, ont en particulier le visage des réfugiés… Dans cet espace de la Fraternité, la parole peut circuler, et les conditions de l’exercice du débat et de la concertation sont réunies.

Rêve ? Certes, l’expression de la Fraternité est freinée par les maux de notre société qui précipitent beaucoup de monde dans la précarité du logement, de la formation, de l’emploi, etc. La liste s’égrène comme un chapelet de misères, et nous sommes fatigués de l’entendre déclinée à l’infini… Sinon de se rappeler qu’il s’agit à chaque fois de personnes particulières, d’histoires singulières, et c’est chacun, individuellement, qui souffre en silence, parfois dans l’indifférence générale.

Alors que devons-nous faire ? D’abord se dire à soi-même que constater ce n’est pas encore agir ! Une action est à mener, une action qui ne se contente pas de prendre la liste des précarités par un bout pour les traiter une par une successivement. Toutes sont reliées les unes aux autres, des problèmes familiaux aux problèmes scolaires, des problèmes de logement aux problèmes d’emploi, des problèmes de revenus aux problèmes du savoir être, du connaître dirige son vie !

De quelle boussole avons-nous besoin pour agir ? Quelle vision commune avons-nous à construire de notre existence individuelle et de notre devenir collectif, les deux intimement interconnectés ? Dans une Tribune du journal La Croix du 8 février dernier, Jean-Louis Sanchez, auteur de La Promesse de l’autre. Parce qu’une société désunie est une société désarmée (2013), écrit : « Dans l’école, dans le travail, dans le quartier et dans tous les interstices du quotidien, l’adhésion de tous à un projet commun a cessé d’être valorisée. Et dorénavant, ce qui réunit, ce n’est plus un projet tourné vers l’avenir mais le rattachement exclusif à une communauté sociale, religieuse ou ethnique. Le terrain est alors favorable à la montée des extrémismes, avec dans son sillage, l’élévation des frontières du désespoir… »

Pas besoin de sondage pour affirmer que ce n’est pas de ce monde-là que nous voulons demain. Mais ne croyons pas que la mer nous en protège ! 70 ans de départementalisation nous mettent devant nos responsabilités auxquelles Paul Hoarau n’a de cesse de nous éveiller depuis longtemps : « Que les Réunionnais deviennent, résolument, les acteurs du développement de leur île… Le plus important, aujourd’hui, c’est de construire ce qui nous est permis de construire depuis 1982. Nous ne sommes plus esclaves, nous ne sommes plus assistés. C’est ici, pas à Paris, pas à Bruxelles, que se joue notre destin. Nous sommes libres, et pour être vraiment libres, il nous faut devenir responsables » (Interview, Le Journal de l’île, 18 mars 2016). Oui, responsable les uns des autres !


Documents joints

Mots-clés

Répondre à cet article

Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
SPIP | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0