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Un monde parfait

Dimanche 16 septembre, de 17h30 à 19h30, dans la salle Jean de Puybaudet, diffusion du film « Un monde parfait » de Clint Eastwood, suivi d’un échange.

par Père Bernard Paulet sj (12/09/2012)

Film de Clint Eastwood (A perfect world), U.S.A., 1993, avec Kevin Costner, Clint Eastwood.

En 1963 Butch Haynes, dont la réputation de criminel est solidement établie, s’évade d’un pénitencier texan en compagnie de Terry Pugh. Pour assurer leur fuite, les deux hommes kidnappent un petit garçon, Philip Perry. Contre toute attente, un lien affectif va se nouer entre l’enfant et Butch tandis qu’un Texas Ranger chevronné et une criminologue tentent de retrouver leur trace…

Débuté et achevé par une séquence suspendue de quiétude radieuse rappelant Le Dormeur du val de Rimbaud, le film se déroule la veille de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, traumatisme collectif ici relativisé par un drame individuel : celui d’un petit garçon pris en otage, avant d’être pris en affection, par un criminel en fuite. Cavale bucolique où l’urgence n’exclut pas le bon temps et la balade, road-movie initiatique où le hors-la-loi réapprend l’humanité et où le môme rencontre un père. À travers ce couple improbable émergent impressions, frustrations et fantasmes sur l’enfance, la mort de l’innocence, la place du père, le besoin d’héroïsme.

Un monde parfait se donne pour projet initial un retour sur les figures stéréotypées du film policier : la cavale, la prise d’otage, les poursuites policières… La première surprise avec Un monde parfait est aussi la plus voyante : c’est la luminosité, la radieuse présence de la beauté du monde où le soleil inonde d’un bout à l’autre du film les prairies du Texas semblables aux verts pâturages bibliques. C’est l’éclat solaire, la grâce d’une lumière paradisiaque avant la culbute du côté des ténèbres et de la mort. Le monde parfait, idyllique, n’est qu’une illusion, une imposture, une vaste tentative universelle de mystification. Le visage du mal dans cette Amérique des années 60 qui s’apprête à assassiner son président à Dallas n’est plus exactement incarné par le bandit-kidnappeur, mais par ce tireur d’élite à lunettes noires s’appliquant à éliminer le « héros » avec la glaçante minutie d’un logiciel informatique. Le hors-la-loi trouvera le pardon et une forme de rédemption sublime à travers les larmes d’un enfant qu’il a su aimer, protéger et regarder grandir.

Un monde parfait ! Au premier abord, ce titre pourrait se révéler d’une cinglante ironie. Qu’y a-t-il de parfait dans un tel monde de violence, de vengeance et de haine ? Avec Clint Eastwood, pourtant, il faut toujours se méfier : son discours est sans cesse à double sens, comme ses images qui renvoient à leur source invisible qu’elles trahissent apparemment en en montrant la vérité. Le déchaînement de passion qui se fait sur l’écran autour de la figure de l’enfant, se résout finalement dans une espèce de miracle : l’esprit d’enfance entraîne une conversion intérieure des protagonistes ; il change fondamentalement leur regard. Et dans cette transmutation du regard, derrière notre monde de misère, c’est alors « un monde parfait » que l’on peut entrevoir : celui de l’innocence de l’esprit.

Imprégné des thèmes chers au réalisateur – la justice, la rédemption -, Un monde parfait s’empare d’un sujet qui aurait pu manquer de finesse à l’écran. Or Clint Eastwood réussit un film subtil qui, sans l’idéaliser, ne juge jamais son personnage. Un an après Impitoyable, western crépusculaire, l’acteur-réalisateur vient ici à un univers solaire, même si la mort – inexorable – y trace son chemin. Pour la première fois de sa carrière – la deuxième viendra juste après, avec Sur la route de Madison -, Eastwood le pudique dépeint la violence des sentiments. Un grand et beau film, notamment pour méditer, au seuil d’une nouvelle année scolaire, sur la relation adulte/enfant.


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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