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Éduquer

par Père Stéphane Nicaise sj (25/05/2015)

Il serait absurde de faire un mois de l’éducation, voire même une année. Éduquer est un acte de la vie quotidienne, à refaire jour après jour. Tout simplement parce que le changement est la loi de tout être vivant. Plus un organisme vivant est complexe, plus les facteurs de changement sont multipliés. Notre société ne fonctionne pas autrement, et c’est pourquoi rien n’est jamais définitivement acquis, dans aucun domaine de notre existence. Notre manière de nous rapporter individuellement et collectivement à un socle de valeurs fonde cependant la stabilité de notre vie sociale. Éduquer, c’est sans cesse réactiver la mémoire et l’adhésion de chacun d’entre nous à ce socle de valeurs. Le pacte républicain est ainsi constitué fondamentalement sur l’interaction entre la liberté, l’égalité et la fraternité ; et le vivre ensemble réunionnais, lui, est fondé sur la solidarité. Le dossier paru dans le numéro de mai du mensuel Église à La Réunion apporte un éclairage très enrichissant sur ce vivre ensemble. À la solidarité historique commandée par la survie des populations, coupées du reste du monde, doit répondre les nouvelles solidarités à faire émerger dans notre société.

Une société actuelle souvent qualifiée de multiculturelle ou d’interculturelle. Au-delà du choix de l’un ou l’autre terme, il y a l’attitude qui consiste à rester soi-même, tout en ayant la curiosité de s’intéresser aux autres différents de soi. C’est l’inter-connaissance à cultiver. Elle ne naît pas d’elle-même. Éduquer, c’est la « susciter à travers des actions et des événements favorisant la rencontre et l’échange entre publics différents ». La réponse est d’Yves Zoogones, directeur de l’Arep (Association réunionnaise d’éducation populaire), interrogé pour le dossier d’Église à La Réunion. En fervent militant de l’éducation populaire, Mario Serviable insiste lui aussi sur la nécessité de « reconstituer » sans cesse le « socle » de notre vivre ensemble « avec d’autres personnes arrivantes », à l’image du volcan dont l’activité reconstruit constamment notre île.

Cette vision globale de notre territoire, la partageons-nous vraiment ? Franche vérité, les difficultés sociales rencontrées par les uns et les autres, et en même temps, l’attirance que la société de consommation n’arrête pas d’exercer sur nous, jusqu’à nous rendre incapables de supporter la moindre frustration, constituent un cocktail très inflammable. La vision globale de notre société cède alors devant les assauts d’intérêts particuliers, ceux que tel ou tel groupe, avec des moyens et une stratégie appropriée, est capable de faire passer avant l’intérêt général. C’est la définition d’un communautarisme, de la position de force acquise par un groupe sur les autres. Et cette politique conduit à créer une étanchéité entre eux au sein de la société dont ils font pourtant tous partie.

L’isolement de notre île ne peut plus être évoqué comme rempart à la folie meurtrière qui traverse le monde. L’inquiétude de voir de jeunes Réunionnais aspirés par le mirage du fondamentalisme religieux gagne les autorités civiles et religieuses. Elles font alors cause commune dans la défense de notre laïcité à la française. Mais celle-ci, l’avons-nous cultivée avec constance et persévérance à travers les changements que notre société réunionnaise ne cesse de connaître ? Sans même songer à mettre en place une forme de protectionnisme culturel et social, il y aurait tout de même à mener publiquement une réflexion sur l’instrumentalisation faite par quelques gouvernements étrangers des origines du peuplement de l’île, avec l’utilisation devenue usuelle du qualificatif de « diaspora ». Que manque-t-il donc aujourd’hui à des Réunionnais pour s’attacher à une identité qui n’est plus d’abord déterminée par l’enracinement en terre réunionnaise de leurs ancêtres qui ont sauté la mer ? Les mêmes Réunionnais se préoccupent-ils de la mainmise économique sur notre territoire menée par de grands groupes aux ramifications internationales_ ?

Oui, éduquer est plus que d’actualité. C’est une urgence. Éduquer, pour ne pas perdre la voix que nous apportons au concert des nations, notre « son pays », original et inimitable, à cultiver encore et toujours !

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Un p’tit mot, trois p’tits pas N° 78 - mai 2015

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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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