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La Source des femmes

Dimanche 8 mars 2015, de 17h30 à 20 heures, l’équipe de Film et Spiritualité propose « La Source des femmes » de Radu Mihaileanu, suivi d’un débat, en salle Jean de Puybaudet.

par Équipe Film & Spiritualité (2/03/2015)

Film de Radu Mihaileanu (2011) avec Leïla Bekhti (Leïla), Hafsia Herzi (Loubna/Esmeralda), Hiam Abbas (Fatima), Biyouna (Le vieux fusil), Saleh Bakri (Sami), Karim Leklou (Karim)...

De nos jours, dans un petit village, quelque part entre Afrique du Nord et Moyen-Orient, des femmes se révoltent. Elles n’en peuvent plus d’aller chaque jour chercher l’eau à la source tout en haut de la montagne, sous un soleil de plomb, quand les hommes passent leur temps au café, à somnoler, jouer aux cartes ou boire du thé. Le jour où, une fois de plus, l’une d’elles tombe dans le sentier pierreux et fait une fausse-couche, Leïla « l’étrangère » convainc ses compagnes de faire la grève de l’amour pour inciter les hommes à « se bouger » : plus de câlins tant que l’eau n’arrivera pas au village...

Présenté comme un « conte oriental » (faisant d’ailleurs référence aux Contes des mille et une nuits), le film s’ouvre pourtant sur des images réalistes : la vie est dure pour tout le monde dans ce village enclavé, à l’écart du monde moderne, où la sécheresse a réduit les hommes à l’inactivité. Elle l’est particulièrement pour les femmes, encore sous le joug d’une « tradition » qui puise sa justification dans la religion. Les femmes sont là pour servir les hommes et leur donner des enfants, de préférence des garçons (« Du bonheur j’ai enfanté, d’un garçon j’ai accouché », chantent-elles en chœur après une naissance, comme inconscientes de la violence de ce propos). Toute leur vie, elles obéissent : à leur père d’abord, à l’époux qu’on leur a choisi ensuite. Et comment faire autrement, quand le « système » entretient leur ignorance... presque autant que celle des garçons ? Cela dure depuis des siècles, et pourrait durer encore... sans Leïla, cette « étrangère » qui a épousé Sami, l’instituteur. Elle, elle sait lire et écrire. Elle réfléchit. Elle est même capable d’entrer en controverse avec l’imam lorsque celui-ci convoque les rebelles... Mais c’est aussi grâce au soutien de Vieux Fusil, une veuve à la langue bien pendue, qu’elle parviendra à mobiliser ses compagnes.

Cette comédie romanesque, parfois moqueuse, est inspirée d’une pièce de théâtre d’Aristophane, Lysistrata. La mise en scène emprunte d’ailleurs largement aux codes du théâtre grec. Au-delà de revendications féminines qui pourraient sembler futiles –et c’est bien ainsi que les perçoivent les hommes... du village–, le film aborde une question plus fondamentale : « Qu’est-ce que c’est, une femme, pour vous, les hommes ? », interroge Leïla. Comme chez Aristophane, il est aussi question de guerre et de paix... Et l’eau devient une métaphore de l’amour : si les femmes font la grève, c’est parce que les cœurs dans ce pays sont secs comme le sol. Incapables de respect, d’attention envers l’autre. La solution à ce double problème viendra par les deux hommes qui aiment Leïla. L’un trouvera moyen de faire couler l’eau au centre du village. Et l’autre, se chargeant du porte-seaux et rompant ainsi avec une antique conception de la dignité masculine, ouvrira résolument son cœur à l’amour.


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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