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Solidaires pour une nouvelle vie

L’Homme crucifié de Palestine frappe encore à la porte de notre cœur… « Une situation de chaos prévaut aujourd’hui dans un certain nombre de pays arabes, comme c’est le cas en Libye, en Syrie et en Irak… Une violence aveugle a gagné ces pays avec la libération de forces antagonistes… Il s’agit d’assassinats, de dégradations et de destructions d’édifices religieux multiséculaires qui sont les biens communs de l’Humanité… Le Conseil Régional du Culte Musulman rappelle que les chrétiens orientaux sont chez eux en terre d’Islam, dans le cadre d’une présence plusieurs fois millénaire, avec les mêmes libertés, droits et devoirs que leurs autres concitoyens, et qu’ils doivent être ainsi respectés dans leurs croyances, leur dignité et protégés ».

Nos frères musulmans de La Réunion nous redisent avec force leur solidarité (à suivre)

par Père Stéphane Nicaise sj (29/08/2014)

L’Homme crucifié de Palestine frappe encore à la porte de notre cœur… « Une situation de chaos prévaut aujourd’hui dans un certain nombre de pays arabes, comme c’est le cas en Libye, en Syrie et en Irak… Une violence aveugle a gagné ces pays avec la libération de forces antagonistes… Il s’agit d’assassinats, de dégradations et de destructions d’édifices religieux multiséculaires qui sont les biens communs de l’Humanité… Le Conseil Régional du Culte Musulman rappelle que les chrétiens orientaux sont chez eux en terre d’Islam, dans le cadre d’une présence plusieurs fois millénaire, avec les mêmes libertés, droits et devoirs que leurs autres concitoyens, et qu’ils doivent être ainsi respectés dans leurs croyances, leur dignité et protégés ».

Nos frères musulmans de La Réunion nous redisent avec force leur solidarité. Leur prise de position « pour le respect et la protection des chrétiens et des minorités religieuses d’Orient » est à hauteur des réunions interreligieuses inaugurées en 1986 par le pape Jean Paul II, pour manifester aux yeux du monde que la rencontre des religions est d’abord et avant tout au service de la Paix, et donc du respect inconditionnel de la dignité de toute personne, sans restriction de race, de culture et de religion. C’est le bien commun de l’Humanité que nous avons à faire fructifier ensemble.

Le martyre subi par certaines populations des pays évoqués ramène sous nos yeux la figure du Crucifié. Jésus dont le sacrifice prend sens dans le désir de Dieu de se faire tellement solidaire de tout homme qu’il emprunte le chemin de l’Incarnation. Dieu se fait homme pour assumer dans sa propre chair tout ce que l’Humanité peut connaître de joie et de tristesse, d’accomplissement et d’échec, d’attente passionnée et de désespoir… Rien de notre existence n’échappe au cœur amoureux de Dieu, comme celui d’un Père pour tous ses enfants, sans distinction ni préférence. Saint Ignace de Loyola, dans les Exercices spirituels, invite à entrer dans ce désir de Dieu, à travers la contemplation du mystère de l’Incarnation : « Voir l’immensité et la sphère du monde, où vivent des peuples si nombreux et si divers… Voir les personnages les uns après les autres… Ceux qui sont sur la face de la terre, dans toute leur variété de costumes et d’attitudes : les uns blancs, les autres noirs ; les uns en paix, les autres en guerre ; les uns dans les larmes, les autres dans les rires ; les uns bien portants, les autres malades ; les uns qui naissent, les autres qui meurent, etc. ».

Ce monde où Dieu prend pied n’est pas imaginaire. C’est le nôtre, dans toute sa diversité. L’insistance d’Ignace à « voir », mais aussi à « entendre ce que disent les personnages sur la face de la terre », jusqu’à « regarder ce qu’ils font », invite le croyant à s’imprégner de tout ce qui fait l’existence de l’Humanité, ici et maintenant. Seule cette imprégnation amène véritablement à suivre le Christ, à l’imiter dans son incarnation pour le salut du monde. C’est pourquoi l’actualité la plus urgente ne nous fait pas oublier toutes les autres situations qui réclament notre attention. Elles nous submergent tellement l’Humanité se met en péril, à chaque fois que le respect inconditionnel de la dignité de toute personne est affaibli par certains changements politiques, économiques et sociaux. Par exemple, le verdict des élections municipales en France, marquées par la poussée du Front National, et la victoire électorale du Bharatiya Janata Party (BJP) en Inde, formation classée à la droite des nationalistes hindous : autant de situations pour lesquelles la mobilisation autour d’enjeux identitaires est inquiétante.

« À bien des égards, la société multiculturelle française ressemble de plus en plus à celle qui existe en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis » (Christophe Guilluy, géographe). Et le dernier rapport de la CNCDH (Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme) confirme une tendance observée depuis plus de quinze ans, un rejet massif de l’immigration. Lampedusa, Calais, etc., sont pourtant là pour nous rappeler l’actualité dramatique des réfugiés à travers le monde… Sommes-nous donc condamnés à vivre à côté les uns des autres ? Ce qui peut mal se terminer si nous n’avons pas tissé de liens de solidarité. Ou bien, et cela relève de notre décision personnelle et collective, allons-nous mener notre combat pour l’égalité et la liberté sans laisser à terre la fraternité ? Certains ont déjà appelé au « sursaut républicain » suite à des injures racistes. D’autres à la mobilisation « pour dénoncer toutes les formes de rejet et insister sur un projet de société égalitaire, anti-communautaire », au sens de communautarisme.

Et nous, ici, où en sommes-nous de notre communauté… réunionnaise ? « Aou Amoin », chante Danyèl Waro. Alors, pour ne laisser personne mettre dans nos esprits que l’ennemi, c’est l’autre, développons davantage nos solidarités. « La solidarité entendue en son sens le plus profond et comme défi, devient ainsi une manière de faire l’histoire, un domaine vital où les conflits, les tensions, et les oppositions peuvent atteindre une unité multiforme, unité qui engendre une nouvelle vie » (Pape François, Joie de l’Évangile, n° 228).

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Un p’tit mot, trois p’tits pas N° 74 - Août 2014

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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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