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Le jour où Pierre marcha sur les eaux

Retrouvez ici l’évangile du 10 août 2014, 19ème dimanche du Temps ordinaire (année A), l’homélie du père François Noiret, et la prière universelle des fidèles de la Résidence du Sacré-Cœur.

Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules.

Quand il les eut renvoyées, il se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul.

La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire.

Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils disaient : « C’est un fantôme », et la peur leur fit pousser des cris.

Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! »

Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau. » Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant qu’il y avait du vent, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba.

Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »

(Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 14, 22-33)

par Père François Noiret sj (12/08/2014)

 L’homélie

Élie dans la montagne. Le récit paraît limpide, et beau : Dieu « dans la brise légère ». En fait, Élie était dans un grand trouble : il fuyait Jézabel et Achab qui voulaient sa mort, il se réfugie à l’Horeb et crie au secours. Le Seigneur lui parle dans la paix, non dans le trouble, et va le renvoyer sur le champ de bataille (cf. 1 Rois 19, 1-18).

De même dans l’évangile, on est dans une situation agitée.

D’abord, Jésus a brusquement renvoyé les disciples après la multiplication des pains, et les a obligés à s’embarquer tout seuls, pendant que lui disperse la foule.

Que s’est-il passé ? Ils ont voulu le faire roi (cf. Jean 6, 15), les apôtres se voyaient partir pour la gloire, ça a failli tourner à l’émeute. La multiplication des pains est devenue une tentation, non pas pour Jésus comme au désert, quand le diable lui disait de changer les pierres en pain, mais pour le peuple qui a vu en lui un faiseur de prodiges et un sauveur miraculeux.

Donc Jésus vient de casser l’ambiance et les apôtres sont troublés, aussi désemparés et agités intérieurement que la barque est agitée par le vent et les vagues.

Et quand Jésus apparaît vers 4 heures du matin, c’est la panique. Ils n’y comprennent plus rien. C’est un fantôme dans la nuit.

Mais que se passe-t-il ? Le fantôme parle : « C’est moi, n’ayez pas peur ! » Pas besoin de dire qui c’est. C’est comme au matin de Pâques avec la pêche miraculeuse : il y a un homme là-bas sur le rivage et Jean dit : « C’est le Seigneur ! » et Pierre se jette à l’eau et il arrive au rivage.

« C’est le Seigneur ! » Pas besoin que Jésus s’explique. La foi est comme cela. Elle ne dit pas : « Prouve-moi que tu m’aimes », comme font ceux qui commencent à douter l’un de l’autre. Elle dit : « C’est toi ! » et cela suffit. La foi fait comprendre et apaise le cœur, et même l’esprit, que le doute ou les événements agitaient.

Ce récit est raconté dans trois évangiles : Matthieu, Marc et Jean. Mais celui de Matthieu est le seul qui parle de saint Pierre marchant sur l’eau. Par contre, celui de saint Jean, si on regarde à la fin du chapitre 6, se termine par la confession de Pierre. Là aussi, les juifs refusent le signe du Pain de Vie et s’en vont, alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » et Pierre répond : « À qui irions-nous, Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous, nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu ».

Ici, dans Matthieu, Pierre dit : « Si c’est toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau »... Entre parenthèses, nous en avons fait une prière : dans Âme du Christ, « à ma mort, appelle-moi, ordonne-moi de venir à toi pour qu’avec tes saints je te loue... » C’est à dire, quand il nous faut franchir les eaux de la mort, il nous faut appeler le Christ et lui dire : « Appelle-moi ! Ordonne-moi de venir à toi ! » Pour vaincre la peur de la mort, il faut croire en l’appel du Christ et lui dire : « Ordonne-moi de venir à toi ». Il ne faut pas mourir à reculons !

Je reviens au texte : Jésus lui dit « Viens ! » Il faut qu’on voie Pierre enjamber le bord du canot et s’aventurer sur les vagues agitées, dans la nuit... Naturellement, il coule. « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt –le curé d’Ars disait qu’à l’appel d’un pécheur, Dieu a plus vite fait de pardonner qu’une mère de sortir son petit enfant du feu– aussitôt, Jésus tend la main et le saisit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Hé ! Mettez-vous à sa place ! Ou plutôt rappelez-vous la parole de Jésus à Pierre avant le triple chant du coq : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment ; mais moi, j’ai prié pour toi,pour que ta foi ne défaille pas. Donc toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » (Luc 22, 31-34).

Il s’agit de la foi de Pierre. La barque, c’est l’Église : tous les Pères de l’Église et même les exégètes modernes le comprennent ainsi. Il s’agit du pape, quand la foi des chrétiens est menacée, par exemple en Irak, ou par des scandales.

Mais il s’agit aussi de notre foi personnelle, à chacun d’entre nous, qui sommes secoués par l’existence ou tentés. Alors, il ne faut pas reculer ni fuir. Il faut au contraire dire au Christ : « Si c’est toi, appelle-moi, ordonne-moi de venir à toi » et marcher sur les eaux, et c’est la main du Christ qui nous saisit, et sa voix nous dit aimablement : « Tu as eu peur, hein ? » et il nous fait parvenir sur l’autre rive, même s’il faut mourir.

La foi, ce n’est pas comme de savoir que 2 et 2 font 4. C’est de savoir que « tu m’aimes et me sauves et moi je veux t’aimer », quoi qu’il arrive.

Aujourd’hui, nous prions pour tous nos frères et sœurs chrétiens d’Irak, parce qu’ils sont en train de marcher sur les grandes eaux –qui sont plutôt des montagnes sans abri, sans nourriture et sans eau– pour que la main du Christ vienne à leur secours, si possible par la main de leurs frères humains, et qu’ils parviennent à bon port, après avoir dû quitter les villes et les villages où étaient leurs églises. Et nous demandons au Seigneur de faire comprendre aux musulmans quelle est la signification de cette croix qu’ils arrachent aujourd’hui des toits et des clochers des églises, et par laquelle Dieu pardonne toutes les misère et abominations des hommes à cause de son Fils, Jésus, celui qui tend la main à tout homme et lui dit : « Pourquoi as-tu douté ? » Car l’Amour seul est digne de foi.


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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