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Redonnons du goût à l’avenir

par Père Stéphane Nicaise sj (3/04/2014)

Lire et relire l’Exhortation apostolique du Pape François, La joie de l’Évangile, est un bon moyen de vivre la montée vers Pâque. Ce chemin passe par le Carême qui, au sens biblique, est l’épreuve du désert. Chacun y est face à lui-même, écartelé entre ses désirs et ses limites. L’expérience est la même pour nos communautés, hésitantes entre s’ouvrir davantage au monde ou, au contraire, se refermer sur elle-même, avec l’illusion d’une plus grande sécurité.

Or, que nous dit le Pape François dans La joie de l’Évangile ? Son diagnostic est sans appel : « De nos jours, de toutes parts on demande une plus grande sécurité. Mais, tant que ne s’éliminent pas l’exclusion sociale et la disparité sociale, dans la société et entre les divers peuples, il sera impossible d’éradiquer la violence » (n° 59).

Oui mais - serions-nous tentés d’objecter -, la pas nous l’auteur ! Pas si sûr car le Pape ajoute : « Si toute action a des conséquences, un mal niché dans les structures d’une société comporte toujours un potentiel de dissolution et de mort » (n° 59). Il reprend ici l’enseignement de Jean-Paul II sur la dimension collective et sociale du péché présente dans les structures d’une société.

L’échange mené avec Mgr. Gilbert Aubry, au Centre Saint Ignace le mardi 4 mars 2014 (à réécouter ici), donne un visage concret à cette dimension collective et sociale du péché. C’est celui de l’hyperconsommation à laquelle nous nous sommes habitués : « C’est une mentalité générale dans laquelle nous baignons – insistait l’Évêque. On parle toujours de droits, on consomme, mais on ne produit pas » . Se contenter de le dénoncer nous enfoncerait encore plus. Aussi l’Évêque s’est fait le relais d’une proposition avancée depuis longtemps par les acteurs économiques de notre île : « Si on paye des loisirs, si on paye du superflue, pourquoi ne pas payer nos agriculteurs et nos éleveurs ? Et pourquoi ne pas favoriser tout ce qui est nécessaire à la consommation locale ? » Autrement dit, consommons intelligent, consommons pays ! Et la grande bénéficiaire à long terme sera la jeunesse réunionnaise. Tous ces jeunes qui, normalement, devraient être le fer de lance de notre société. Une évidence que le Pape reformule en exigence : « Les jeunes nous appellent à réveiller et à faire grandir l’espérance, parce qu’ils portent en eux les nouvelles tendances de l’humanité et nous ouvrent à l’avenir, de sorte que nous ne restions pas ancré dans la nostalgie des structures et des habitudes qui ne sont plus porteuses de vie dans le monde actuel » (n° 108).

Oui mais, comment ne pas faire mentir le Pape lorsque pour la majorité des jeunes Réunionnais l’avenir n’est pas synonyme de promesse ? Sinon que, c’est de notre responsabilité collective de faire changer la situation. Non pas par un coup de baguette magique, mais en faisant d’abord l’inventaire de nos moyens. C’est le sens de l’intervention de l’Évêque rappelant les nombreuses réussites des Réunionnais, avec l’exemple du site internet Réunionnais du Monde. « Oui, affirmait-il, nous avons les capacités pour pouvoir prendre en main nos affaires ici. Avec ce dont nous disposons, avec ce que nous vivons, il y a moyen. »

Mais ce n’est pas donné, ce n’est pas gagné sans combat, sans détermination et sans persévérance. L’urgence qui est sous nos yeux ne devrait cependant pas nous faire hésiter plus longtemps. La jeunesse réunionnaise est cette urgence. L’Évêque n’a pas manqué de le rappeler : « Mais nos jeunes là, avec ce que nous développons comme style de vie, qu’est-ce qu’ils vont faire ? Et ce que nous produisons, comment l’exporter si ailleurs on ne peut pas l’acheter ? C’est complexe, je n’ai pas de réponse. J’ai une conviction : il faut que nous devenions responsables ! ».

Et un participant au débat, d’ajouter : « il nous faut être socialement responsables ensemble ». Alors, allons-y !


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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