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Gertrud

Dimanche 16 mars, de 17h30 à 19h30, salle Jean d ePuybaudet, diffusion du film de Carl Theodor Dreyer « Gertrud », suivie d’un débat animé par le père Bernard Paulet sj.

par Père Bernard Paulet sj (1er/03/2014)

[marine]Film de Carl Theodor Dreyer, Danemark, 1964, avec Nina Pens Rode, Bendt Rothe, Ebbe Rode.[/marine]

  Gertrud, ancienne chanteuse connue, quitte son mari car celui-ci est plus intéressé par sa carrière politique que par elle. Commence alors pour Gertrud une quête, celle d’un amour idéal total et sans concessions. Malgré la difficulté de ces choix, jamais Gertrud ne regrettera ses décisions....

  « Il y a presque toujours au centre de mes films une femme qui souffre parce qu’elle est inférieure aux hommes. Gertrud, elle, est supérieure aux hommes qui l’entourent ». Pour montrer la force de caractère de cette femme vieillissante, nul besoin d’ajouter des effets qui en feraient un personnage « féministe ». Gertrud constate douloureusement l’échec de ses relations avec les hommes. Sur sa tombe, elle fera pourtant écrire, triomphalement : « Amor omnia » (l’amour est tout). Gertrud est donc consacré à une femme, à la femme. Et à l’incompréhension des hommes qui ont tenté de l’aimer, qui ont cru l’aimer. « L’amour de la femme et le travail de l’homme sont ennemis, dès le commencement ». Celui qui a dit ça – il l’a même écrit – est un jeune homme, le premier amour de Gertrud. Il était encore étudiant et il vivait avec Gertrud lorsqu’elle a trouvé, en faisant le ménage, un bout de papier où Gabriel Lidman avait noté cette funeste pensée. Funeste, car Gertrud a quitté aussitôt le jeune homme. Aujourd’hui, l’amant abandonné a la cinquantaine, il est devenu un poète célèbre, le chantre de l’amour justement, l’idole de la jeunesse. Mais au fond de son cœur il est inconsolable.  

« Égal, en folie et en beauté, aux dernières œuvres de Beethoven », déclarait Jean-Luc Godard. Pourtant, à sa sortie, Gertrud fut accueilli par des sarcasmes : intrigue poussiéreuse, mise en scène désuète, gâtisme... Dreyer adaptait en effet une pièce d’un écrivain suédois du début du siècle, Hjalmar Söderberg, sans céder au goût du jour. Suite de conversations statiques en plans longs, souvent fixes, respect de l’esthétique théâtrale, ajout d’intertitres, comme au temps du muet. Le temps est peut-être l’acteur principal de ce film : le temps d’une vie entière, l’amour à l’épreuve du temps. Mais surtout le temps vécu par une femme, et celui, fabriqué par les hommes. Effrayante disparité entre les deux temps. Et le désir des uns et des autres, qui s’exacerbe de tous les rendez-vous manqués. Gertrud est un film d’une lenteur sidérante : c’est dans son écriture que le cinéaste nous fait ressentir, musicalement, charnellement, le poids des secondes et des années. En 16 séquences et 89 plans (dont deux occupent plus de neuf minutes chacun), Dreyer laisse les mots brûler dans l’atmosphère, dévorer le silence avant de faire leur chemin, inexorable, dans les âmes.  

Avec cet émouvant portrait de femme, dans lequel chacun pourra se retrouver, Carl Dreyer fait le bilan d’une vie vécue dans l’absolu respect des idéaux qui l’ont guidée. Après Ordet, « la Parole », Gertrud est le dernier film d’un des plus grands cinéastes, son testament spirituel : « Amor omnia », l’amour est tout.


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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