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La chambre du fils

Dimanche 3 novembre 2013, de 17h30 à 19h30 à la salle Jean de Puybaudet, projection du film de Nanni Moretti « La chambre du fils ». La projection sera suivie d’un débat animé par le père Bernard Paulet sj.

par Père Bernard Paulet sj (30/10/2013)

Film de Nanni Moretti (La Stanza del figlio), Italie, 2001, avec Nanni Moretti, Laura Morante, Jasmine Trinca, Giuseppe Sanfelice. Palme d’Or 2001 au Festival de Cannes.

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Ancône, un petit port au nord de l’Italie. Giovanni et Paola vivent en harmonie avec leurs deux enfants en pleine adolescence : Irène, l’aînée et Andréa, le cadet. Giovanni est psychanalyste, il mène une vie équilibrée entre sa famille, ses patients et son jogging quotidien. Un dimanche, à la place d’aller courir avec son fils, il doit se rendre d’urgence chez l’un de ses patients. Andréa part faire de la plongée sous-marine avec des amis. Il ne reviendra pas.

Le film de Nanni Moretti nous introduit dans l’univers d’une famille marquée par la mort de l’un de ses enfants. Une famille unie, comme on dit, jusqu’à l’irruption de la tragédie : la mort accidentelle du fils. Il y a un « avant » et un « après » dans lequel il s’agit de rendre compte d’un rapport totalement perturbé, fracturé, au temps, au passé, au futur ; à la paternité comme à la filiation. La disparition d’Andrea terrasse puis disloque, mine de rien, l’unité familiale. Chacun se retire, se replie dans sa douleur, se mure dans ses obsessions. Chacun se trouve confronté à la solitude, au silence, à l’incommunicabilité. Le père psychanalyste, toujours à l’écoute de la douleur des autres, doit cette fois-ci se confronter à la sienne. La relation avec sa femme est menacée : tous deux doivent re-choisir de continuer à construire leur vie de couple. La chambre d’Andréa « parle », même quand le jeune garçon n’y est plus. Il faudra pourtant savoir la quitter. Au cœur de la souffrance, naissent peu à peu ces moments bouleversants où il faut apprendre et surtout dire la mort.

Simplicité, justesse, rigueur : modeste dans son ambition, clairement délimitée et ne reculant pas devant les scènes incontournables (la mise en bière éclipse mille scènes d’enterrement vues ailleurs), la réalisation de Moretti s’attache à des détails concrets qui font la différence. C’est bouleversant, mais sans pathos, la retenue et la pudeur attestant toujours un regard personnel. Ici, les mots ont du mal à sortir, les mots sont tus ou bien les mots blessent. Ici, on se cache pour pleurer seul, dans sa chambre ou dans une cabine d’essayage.

Pour son dixième film, Nanni Moretti, le plus singulier des cinéastes italiens (Journal intime, Aprile, Palombella rossa), signe son chef-d’œuvre et fait l’unanimité auprès du public et de la critique. La chambre du fils est un film très dur et très doux. Sur un sujet éminemment douloureux – la perte d’un enfant –, voilà un grand et beau film pour accompagner, en ce mois de novembre, la mémoire des défunts.


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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