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La joie de fraterniser

par Père Stéphane Nicaise sj (30/10/2013)

L’actualité réunionnaise est jalonnée d’actes de violence aux personnes. C’est un chauffeur de bus agressé, un maire menacé, un jeune piqué à l’arme blanche par un autre jeune… La succession de ces événements alimente un sentiment d’insécurité et de peur. Beaucoup voudraient alors voir s’appliquer une justice plus répressive, plus expéditive… Cette réaction est contre-productive. Car trop recourir à la violence légale et institutionnelle risque surtout de nous installer dans un camp retranché où chacun se barricade de son voisin. Demandons-nous plutôt pourquoi fonctionne moins bien la reconnaissance mutuelle, de personne à personne. Pourquoi manque-t-on de respect à un homme, à une femme, à un jeune ou un enfant, et même à une personne âgée ? Pourquoi chacune de ces personnes n’est-elle plus alors considérée dans sa dignité inaliénable ?

Ces dernières années, le thème de l’éducation civique est revenu régulièrement dans le débat politique, mais sans plus d’effet. Et on continue à constater la fragilisation du tissu social par la dégradation de la qualité des relations humaines. Est-ce si difficile de favoriser la reconnaissance mutuelle de personne à personne dans notre vie en société ? L’histoire des nations atteste qu’à des périodes de fortes tensions, et en particulier dans les conflits armés, l’initiative est venue de la population. Ce sont par exemple des soldats qui ont décidé de fraterniser avec l’ennemi. Comme si, lorsque les institutions sont défaillantes pour assurer les conditions de la concorde, le relais est momentanément pris par les gens eux-mêmes, assoiffés de paix, de justice et de bien-être collectif. Ils décident alors de réinstaurer cet environnement que les gouvernants n’ont pas su garantir. Tels sont les grands mouvements populaires où s’exprime le désir de sympathiser et de s’entendre, de se solidariser pour sortir d’une situation devenue intolérable.

Agir par une réaction collective, c’est ce que beaucoup d’entre nous font à travers le milieu associatif. Car un minimum d’organisation s’impose pour mener une action à plusieurs. Se mettre d’accord sur une manière de faire, s’organiser et se structurer permet de ne pas en rester au stade de la bonne intention. Les habitants de l’allée Flamboyants au Chaudron l’ont bien compris. De l’idée de fêter Noël ensemble à la création de jardins familiaux, p’tit pas, p’tit pas, ils ont pris en main l’animation de leur quartier. C’est un exemple parmi bien d’autres qui atteste que la mise en place d’une structure, ici associative, est précédée de l’affirmation de valeurs humaines partagées : le refus de se laisser entraîner au repli sur soi, à la haine et au rejet de certaines différences…

Rappelons-nous, il y a un an, le projet de loi sur le mariage pour tous déclenchait de fortes oppositions qui se sont violemment heurtées, jusqu’à laisser libre cours à des propos dénués de tout respect de la personne et de sa dignité. Loin de cette cacophonie, une action prenait naissance pour aboutir à la création d’un lieu d’accueil de jeunes majeurs mis à la porte par leurs parents au motif de leur homosexualité. Le projet de « Refuge » recevait le concours de personnes de religions et de philosophies différentes, toutes en accord sur la dignité inaliénable de tout être humain quel qu’il soit. Il a fallu du temps, et il a fallu batailler… Mais, p’tit pas, ti pas… D’un premier local visité en mars 2013, à la remise des clés du site définitif, le 11 octobre dernier, le partenariat avec la commune de Saint-Denis s’est consolidé. Désormais, le « Refuge » symbolise, dans une société en effervescence, un havre de paix capable d’irradier notre environnement social. Car dès l’instant où notre société redonne toutes ses chances à certains de ses membres, elle redécouvre et expérimente sa capacité à générer de la fraternité.

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Un p’tit mot, Trois p’tit pas, n° 70, octobre 2013

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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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