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Croire en nous-mêmes

À quelles causes attribuer l’inexistence d’un projet réunionnais de développement de notre île - global, validé par nous tous, et donc durable -, après plus de vingt ans de concertations, de groupes de travail, d’ateliers et de consultations ? Des événements de notre vie collective apportent des éléments de réflexion. (suite)

par Père Stéphane Nicaise sj (23/08/2013)

À quelles causes attribuer l’inexistence d’un projet réunionnais de développement de notre île - global, validé par nous tous, et donc durable -, après plus de vingt ans de concertations, de groupes de travail, d’ateliers et de consultations [1] ?

Des événements de notre vie collective apportent des éléments de réflexion. Samuel Mouen vient de mener une grève de la faim fortement médiatisée. Sans diminuer le caractère héroïque de son action, une comparaison s’est imposée à plusieurs observateurs : Pourquoi a-t-il davantage mobilisé que les grévistes de la faim, en décembre 2011, pour les ex-salariés de l’ARAST non indemnisés après la liquidation de leur structure ? Ni préfet ni chef de parti politique n’avaient alors fait le déplacement jusqu’au campement de fortune, pas même pour une visite humanitaire.

Ce n’est pas un jugement mais un simple constat. Les deux causes n’ont pas eu le même retentissement dans l’opinion publique. Plus de monde pouvait se sentir concerné par le thème du pouvoir d’achat des travailleurs pauvres. Le pouvoir d’achat, c’est en effet pour tous, et sa variation a d’autant plus de conséquences que le revenu d’une personne et d’une famille est faible. En 2011, et malgré la durée du mouvement (55 jours de campement dont 28 de grève de la faim), l’opinion publique a affiché une certaine indifférence. Comme si peu de monde percevait alors l’enjeu de fond, son caractère de bien commun au-delà du combat des salariés demandant la stricte application du Droit du travail. Or c’est justement cette exigence de voir s’appliquer le Droit, d’une manière inconditionnelle, qui faisait relever ce mouvement de l’intérêt général, c’est-à-dire de ce qui assure les fondements de la République et l’exercice de la démocratie.

Le respect du Droit, dans toutes ses composantes, ne peut souffrir aucune exception, sinon tout l’édifice de notre vivre ensemble se fragilise. De même que notre économie insulaire demeure fragile tant que nous ne créons pas suffisamment d’activité pour produire la majorité des richesses nécessaires à notre bien être personnel et collectif. C’est à partir de cette réalité économique que les deux grèves de la faim se différencient véritablement. La dernière, quelles qu’en soient les bonnes raisons, nous maintient dans le registre de la dépendance. Preuve en est que le préfet apparaît comme l’interlocuteur principal. Or il incarne l’autorité de l’État, et ses ordres de mission proviennent du Gouvernement parisien. En 2011, le mouvement émargeait au monde de l’entreprise et aux relations employeurs/salariés dont la bonne gestion, sous le regard du Droit, garantit la production de richesses au profit de l’ensemble de la société. Ce mécanisme nous est vital, et pourtant nous donnons l’impression de le négliger collectivement. Il nous est vital parce que c’est de lui que dépend le caractère durable de notre système économique et social. « Social » également car une société ne peut redistribuer que ce qu’elle a : la richesse qu’elle produit.

Voilà l’enjeu principal du projet réunionnais de développement de notre île que beaucoup appellent de tous leurs vœux. S’engager résolument dans cette perspective, ce n’est pas attendre de l’État d’arbitrer l’élaboration de ce projet. Ce rôle là revient au Président du Conseil Régional (lois de décentralisation), en concertation avec son homologue du Conseil Général. Ensemble, il leur revient - de droit -, d’animer le travail de tous les élus, jusqu’à ce qu’un projet global puisse être soumis aux habitants de La Réunion. Forts de cette légitimité, nos représentants parleront d’une seule voix avec le Gouvernement pour acter la réalisation de l’ambition ainsi définie et validée par une majorité de Réunionnais !

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Un p’tit mot, Trois p’tit pas, n° 69, août 2013

Notes

[1] Voir mon analyse, Du rapport Ripert (1989) aux Etats Généraux de l’Outre-mer (2009), Capab’ Ensemb’, 2013, Océan-éditions, pp. 213-226.


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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