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Non, Jésus n’est pas un notaire !

Retrouvez ici l’évangile du 4 août 2013, 18ème dimanche du Temps ordinaire (année C), l’homélie du père Christophe Kerhardy, et la prière universelle des fidèles de la Résidence du Sacré-Cœur.

Du milieu de la foule, un homme demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. »

Jésus lui répondit : « Qui m’a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? »

Puis, s’adressant à la foule : « Gardez-vous bien de toute âpreté au gain ; car la vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses. »

Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont les terres avaient beaucoup rapporté.

Il se demandait : ’Que vais-je faire ? Je ne sais pas où mettre ma récolte.’

Puis il se dit : ’Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y entasserai tout mon blé et tout ce que je possède. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà avec des réserves en abondance pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.’

Mais Dieu lui dit : ’Tu es fou : cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l’aura ?’

Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu.

(Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12, 13-21)

(Illustration : Rembrandt)

par Père Christophe Kerhardy sj (5/08/2013)

 L’homélie

Un homme demanda à Jésus : « Maître dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Ce genre de tension est, hélas, très actuel. Entre frères et sœurs, on peut se brouiller durablement pour des querelles d’héritage ! Entre parents et enfants aussi, comme la riche héritière qui demande aux juges : « Maîtres, mettez ma mère sous tutelle, elle est âgée, elle n’a plus toute sa raison, certains abusent de sa faiblesse, empêchez-la de dilapider ses biens. »



Jésus commence par dire qu’il n’a pas compétence pour partager les héritages. Il n’est pas comme les rabbins de son temps qui tranchaient les litiges relatifs aux successions. Jésus est venu nous attirer vers les choses d’en haut et non pour jouer au notaire. À son époque, après le décès du père, les terres étaient habituellement transmises à l’aîné des garçons. Ainsi, on préservait l’intégrité du patrimoine foncier, on ne démantelait pas les propriétés familiales. Toutefois, l’aîné devait remettre à ses frères une partie des autres biens. Quant aux filles, elles recevaient l’héritage seulement s’il n’y avait pas de garçon dans la famille. Jésus ne va s’immiscer dans ce système, il n’a pas pour mission de réviser les normes de succession. Ce problème ne le regarde pas, mais il va profiter de l’occasion pour faire une catéchèse sur le sens de la vie et notre rapport aux biens.

Il raconte donc une parabole qui met en scène un homme qui a fait de bonnes récoltes, tellement bonnes qu’il ne sait plus qu’en faire. L’homme réfléchit... comme dans la chanson : « Et maintenant que vais-je faire ? » Dans ses pensées, on remarque qu’à aucun moment il ne pense aux pauvres gens qui n’ont rien pour vivre. Il faut dire que dans l’Ancien Testament, posséder des richesses, avoir de bonnes récoltes, détenir un gros cheptel et disposer de nombreux serviteurs, tout cela était plutôt un signe de bénédiction divine. Si les affaires prospéraient bien, c’était la preuve que Dieu était avec nous. Seulement voilà, Jésus vient bousculer ce Dieu de la prospérité d’en bas et lance un appel à rechercher la prospérité d’en haut.



L’homme de la parabole n’est pas fou parce qu’il est riche, parce qu’il a beaucoup de blé. Il est fou parce qu’il en fait un usage égoïste. Aisé matériellement, cet homme n’a pas d’objectif plus élevé que de jouir de l’existence, d’en profiter à fond. D’un point de vue spirituel, un tel objectif est assez misérable. Imaginez Jésus aujourd’hui, s’adressant à une assemblée d’actionnaires, avide de gains, délocalisant sans aucun remords entreprises et industries, insensibles aux milliers d’employés qui vont se retrouver sur le carreau ; imaginez Jésus, s’adressant aux fraudeurs qui camouflent une partie de leur fortune dans des paradis fiscaux ; imaginez Jésus, s’adressant aux barons de la drogue et aux vendeurs d’armement qui trafiquent en misouk ! Tous ces gens sont pires que l’homme de la parabole, car lui n’a pas gagné son blé par des procédés immoraux.

Vous êtes fous, dirait Jésus à ces gens qui entassent et entassent encore sans aucun détachement spirituel. Folie des grandeurs qui ne tiendra pas quand la mort frappera à notre porte. Placez-vous à ce moment-là, au moment de la mort, et demandez-vous ce que vous avez fait de vos biens. Voilà un bon exercice pour examiner sa conscience.

Pour une conscience chrétienne, la fortune matérielle ne doit pas devenir une fin en soi, on ne peut pas servir deux maîtres à la fois, on est bien d’accord. Cela étant dit, le mépris de l’argent est tout autant aberrant car il en faut pour vivre et faire vivre sa famille. Il n’est pas mauvais de garder une poire pour la soif et nous ne souhaitons à personne d’avoir à souffrir l’angoisse des fins de mois difficiles. L’argent, il en faut encore pour faire fonctionner des cliniques, pour équiper des écoles, il en faut pour aménager correctement nos villes, bref, il en faut pour financer un bon modèle social.

Que nous inspire le Seigneur qui se penche sur les déshérités ? En vérité, la sollicitude de Jésus pour les plus démunis, qui se déploie tout au long de l’Évangile, est une part du testament qu’il laisse à ceux et celles qui chercheront les réalités d’en haut.

Oui, je le crois, le trésor que le Christ nous laisse en héritage, c’est le salut offert à toute l’humanité, une humanité pauvre, une humanité qui se noyait dans une marée de soucis matériels et spirituels, mais que le Seigneur a relevée en donnant tout ce qu’il possédait.

Pour ceux qui marchent à la suite de Jésus, cette offrande ne peut être enfermée dans un grenier personnel, gardée pour soi, c’est un bien commun, un héritage collectif qu’il faut porter à tous. Allons, mes frères, partageons notre foi, jusqu’aux périphéries humaines, comme nous y encourage le Pape François, c’est ainsi que le Christ deviendra tout à tous.


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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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