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Parole et utopie

Dimanche 28 juillet 2013, de 17h30 à 20 heures, diffusion d’un film de Manoel de Oliveira suivi d’un échange.

par Père Bernard Paulet sj (10/07/2013)

Manoel de Oliveira, réalisateur (© Cécilia D. / CC By-Sa 2.5)
Miguel Cintra Luis (père António Vieira)
Parole et Utopie

Film de Manoel de Oliveira, (Palavra e utopia), Portugal, 1999, avec Lima Duarte, Luis Miguel Cintra, Ricardo Trepa. Festival de Venise 2000, Sélection officielle hors compétition .

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L’affiche du film

En 1663, le père António Vieira est convoqué, à Coimbra au Portugal, devant le Tribunal du Saint-Office, la terrible Inquisition. Des intrigues de cour et une disgrâce passagère ont affaibli la position du célèbre prédicateur jésuite, ami intime du roi défunt Jean IV. Devant ses juges, le père Vieira plonge dans ses souvenirs et revoit son passé : sa jeunesse au Brésil et ses années de noviciat à Bahia, son engagement auprès des Indiens et ses premiers succès en chaire. Interdit de parole par l’Inquisition, le prédicateur décide de partir pour Rome, où sa réputation et ses succès sont tels que le Pape lui accorde de ne relever que de sa seule juridiction. La reine Christine de Suède, qui vit à Rome depuis son abdication, le prend à sa cour et insiste pour en faire son confesseur...

À première vue, Manoel de Oliveira, en s’emparant d’un genre plus que désuet (la vie de saint), prend le risque de faire d’António Vieira, grand prédicateur jésuite et portugais du XVIIème siècle, un héros de cinéma. À y regarder de plus près, et en ouvrant bien les oreilles, ce n’est pas tant cet homme étonnant qui est ici le personnage principal, mais plutôt sa parole : ce qu’il dit, prêche et prédit. Car ce missionnaire, qui passa la moitié de sa vie au Brésil, fut aussi un visionnaire. Il prit fait et cause pour les Indiens colonisés par son propre pays, et se heurta sa longue vie durant (il meurt à 89 ans) à tous les abus de pouvoir et excès d’autorité. Ceux de l’Inquisition en particulier. Le film s’ouvre symboliquement sur la comparution d’un Vieira déjà âgé devant un tribunal religieux. Sa vie défile ensuite par fragments chronologiques dont le noyau est toujours un texte, qu’il soit sermon, lettre ou plaidoirie. La difficulté pour Oliveira était de faire en sorte que la prose de Vieira - cette prose qui fit plus tard pleurer le grand écrivain portugais contemporain Fernando Pessoa - s’impose au spectateur. Il y parvient souvent, notamment par des plans fixes à la simplicité élaborée, aux éclairages « picturaux » (évoquant discrètement Rembrandt ou La Tour). Il y a aussi cette joute oratoire où Vieira, devant la reine Christine de Suède, se fait le défenseur des pleurs d’Héraclite face au rire de Démocrite. Séquence d’anthologie qui résume à elle seule, élégante et poignante à la fois, ce qui chez le prédicateur a captivé le cinéaste.

En retraçant la vie et l’œuvre du père António Vieira (1608-1697), dont les sermons sont un monument de la littérature portugaise, Parole et Utopie ne fait pas dans le glamour et la gaudriole. Ce film exige du temps et de l’attention, de la patience et de l’esprit d’aventure. Inutile donc de raconter des histoires et de prétendre que Parole et Utopie se donne comme ça, à la va-vite et sans résistance. Écouter des sermons pendant un peu plus de deux heures demande une forme optimale. Parole et Utopie est un grand film d’aventures spirituelles (on se souvient qu’Oliveira a porté à l’écran Le Soulier de satin de Claudel, autre odyssée mystique à travers les continents) et le statut de plus vieux réalisateur en activité confère à l’humaniste centenaire Manoel de Oliveira une aura spectaculaire. Cette pépite cinématographique sera notre manière de fêter saint Ignace de Loyola (31 juillet) et d’accompagner François, le premier jésuite devenu pape, dans son voyage au Brésil pour les J.M.J.

Ci-dessous : la bande-annonce en version originale


PAROLE ET UTOPIE - Bande-annonce VO by CoteCine

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Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui satisfait et rassasie l’âme, mais de sentir et goûter les choses intérieurement (Ignace de Loyola)
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